
On connaît le pianiste, l’homme aux lunettes improbables, les tubes que tout le monde a chantés au moins une fois. Beaucoup moins le collectionneur. Or Elton John et son mari David Furnish ont réuni, en une trentaine d’années, l’une des plus grosses collections privées de photographie au monde. Plus de 7 000 tirages. Le Jeu de Paume en montre environ 300, place de la Concorde, jusqu’au 27 septembre.
L’expo s’appelle Fragile Beauté, et le titre dit assez bien ce qui vous attend. Ce n’est pas un défilé de jolies images. C’est un parcours en cinq sections, du désir à la mode, des célébrités au photojournalisme, avec cette idée qui revient partout : la photo capte ce qui va disparaître.
Le casting donne le vertige. Robert Mapplethorpe, Diane Arbus, Irving Penn, Eve Arnold, Herman Leonard et sa fumée de jazz, et surtout Nan Goldin. Là, franchement, préparez-vous. La série Thanksgiving est accrochée en un seul mur de 149 tirages, une vie entière étalée d’un coup, l’amour, la fête, la came, les corps. On peut y passer trois minutes ou trois quarts d’heure, ça dépend de ce que vous êtes prêt à encaisser. Un avertissement à l’entrée prévient d’ailleurs que certaines images peuvent heurter. Ce n’est pas de la coquetterie.
Pour prolonger la visite chez vous, le catalogue officiel rassemble les plus belles images de la collection d’Elton John et David Furnish.
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Ce qui m’a plu, c’est que ça ne ressemble pas à une collection de riche qui accumule des noms. On sent un vrai regard, une histoire personnelle, une tendresse pour des photographes que le grand public ne connaît pas forcément. Environ 90 signatures en tout, des années 50 à aujourd’hui. Elton John a commencé à acheter des tirages au moment où il arrêtait la drogue, à la fin des années 80, et ça se ressent : il y a quelque chose de la survie là-dedans, pas juste de la déco de salon.
L’expo vient du Victoria and Albert Museum de Londres, qui l’avait montée l’an dernier. Le Jeu de Paume l’a resserrée, et c’est tant mieux, parce que le lieu, lumineux et pas immense, oblige à ralentir.
Bref, si vous passez par Paris cet été et que la photo vous parle un minimum, c’est clairement l’arrêt à prévoir. Prévoyez du temps quand même, et un peu d’estomac pour le mur de Goldin. On en ressort remué, ce qui, pour une expo, est plutôt bon signe.
Crédit photo : Jeu de Paume (Harley Weir)





