
Il y a des synopsis devant lesquels on hésite franchement à prendre un billet. Seule la vie, arrivé en salles il y a quelques jours, en fait partie : Barbara et Heli sont clowns hospitaliers, ils ont deux enfants, ils rient de tout, et un accident de la route emporte le mari et les deux petits d’un seul coup.
Ce n’est pas le retournement final, c’est le point de départ. Le film l’annonce d’emblée et ne joue jamais avec ça.
Ce qui donne envie d’y aller quand même, c’est ce que l’Autrichien Adrian Goiginger fait de cette matière. Il adapte le récit autobiographique de Barbara Pachl-Eberhart, best-seller paru chez nos voisins en 2010 sous un titre qui dit déjà tout : Vier minus drei, quatre moins trois. Une soustraction en guise de résumé. L’autrice a suivi le projet du scénario jusqu’au casting, et ça se sent, parce que rien ici ne sonne comme une tragédie fabriquée en laboratoire pour vous arracher des larmes au bon moment.
Le vrai geste du film, c’est le nez rouge. Puisque son personnage passe ses journées à faire rire des enfants malades, le deuil ne se joue pas seulement en registre chagrin : il y a des gags, des maladresses, des fous rires idiots qui tombent au pire moment, et cette dimension tragi-comique tient l’ensemble debout. On passe du rire aux larmes sans que la mécanique grince, ce qui est déjà un exploit.
Si la présence de Valerie Pachner vous intrigue, on la voyait déjà chez Terrence Malick dans ce film magnifique.
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Valerie Pachner, qu’on avait vue chez Terrence Malick dans Une vie cachée, porte les deux heures sur ses épaules avec une justesse assez sidérante. Robert Stadlober lui donne la réplique en Heli. La mise en scène, elle, est d’une sobriété totale, aucun effet, aucune musique qui vous prend en otage.
Passé par la Berlinale, où il a décroché le deuxième prix du public de la section Panorama, puis par Cabourg qui lui a offert le sien, le film sort chez Pyramide avec une presse plutôt convaincue, autour de 3,6 sur 5, et un public qui met un peu plus. Deux heures pile, format allemand et autrichien, sous-titres à la clé.
Alors bien sûr, ce n’est pas la séance de climatisation légère qu’on va chercher un soir de canicule, et le récit de reconstruction frôle par moments la leçon de vie. Il ne tombe jamais dedans, mais il passe près.
Si vous voulez mon avis, c’est le genre de film qu’on va voir en sachant exactement ce qu’on risque, et dont on ressort curieusement plus léger qu’en entrant. Prévoyez des mouchoirs, quand même.
Crédit photo : Pyramide Distribution





