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D’encre et de chair #2: Fifi Brindacier

Posté par Ju le Zébu 21 février 2019 0 commentaire

Cette série d’articles a pour ambition de réunir sous la bannière « d’encre et de chair », des écrivaines et des écrivains qui ont existé et existent par le geste de leur plume, de leur clavier, mais aussi des êtres fictifs qui vivent dans l’ombre des lettres et nous semblent palpables dans nos existences. Le statut de ces protagonistes de la littérature est en fait bien poreux car de ces personnes et personnages nous faisons souvent des uns des héros ou héroïnes mythiques et des autres des êtres que nous croyons connaître aussi bien que notre ami.e le ou la plus proche.
Il s’agira aussi de montrer, une fois n’est pas coutume, que la littérature, si elle a été source de pouvoir un jour, peut encore énormément, même à une époque où le livre est un produit (fragile) comme un autre.
A vrai dire, il s’agit d’une sélection bien subjective, mais que nous faisons tous et toutes en choisissant ceux qui nous inspirent, ceux que nous admirons. Mais peut-être partagerez-vous avec moi dans votre panthéon quelques un.e parmi ceux que je vais vous présentez. Et bien sûr, vous êtes libres d’agrémenter cette liste qui se veut infini
e.

Poursuivons entre les lettres avec une jeune personne fort énergique : Fifi Brindacier.

Vous connaissez sûrement de près ou de loin cette petite fille rousse, aux tresses horizontales et au nez parsemé de tâches de sons. Et si vous ne la connaissez pas encore ou pas très bien, il n’est jamais trop tard ! On ne l’a connaît, à vrai dire, pas aussi bien en France qu’ailleurs.

De son nom suédois Pipi Långstrump (Longue-Chaussettes, il est vrai que les siennes sont particulièrement longues !), elle est l’héroïne éponyme des romans et histoires courtes d’Astrid Lindgren (1907-2002). L’autrice invente les histoires de Pipi dans les années 1940 pour distraire sa fille qui souffre alors de pneumonie. Elle rédigera quelques années plus tard, suite à une blessure qui l’oblige à rester allitée, le manuscrit de ces aventures.

Cette dernière est une pionnière de la littérature jeunesse en Suède et a reçu dès l’après-guerre pour ses récits pour enfants des prix.

Fifi est adapté en série et en long métrage dans les années 1960-70, puis en dessin animé.

Fifi vit dans la villa des Drôle de Repos avec le cheval Oncle Alfred et le singe Mr Nilson (ou Dupont en Français). Son papa, le Roi des Pirates de la mer du Sud, ne peut pas vivre avec elle (mais il lui donne de véritables trésors qui lui permette de vivre sans souci) et sa maman est au ciel.

Cette petite fille est dotée d’une force incroyable. Elle peut, par exemple, soulever d’un bras l’oncle Alfred mais elle est aussi très ingénieuse.

Fifi passe beaucoup de temps avec ses voisins et amis Annika et Tommy (qui sont plus conventionnels qu’elle mais très sympathiques) lorsqu’ils ne sont pas à l’école (car eux, sont obligés d’y aller).

La villa est un grand terrain de jeux mais en compagnie de Fifi, c’est le monde entier qui devient une cour de récré (bien qu’elle-même n’aille pas à l’école, sauf une fois pour avoir elle aussi des vacances). Les enfants vivent un tas d’aventures du quotidien (faire des courses et tout acheter) ou extraordinaires (aller dans la Mer du Sud en lit-mongolfière).

La Villa des Drôle de repos, des films d’Olle Hellboms à Kneippbyn. Il est possible de la visiter.

Pipi Långstrump est publié pour la première fois en Suède au lendemain de la deuxième guerre mondiale. L’accueil est très favorable mais nombreux sont aussi les parents qui refusent alors de lire ces histoires à leurs enfants parce que le contenu est jugé immoral. Pipi n’est, à leurs yeux, jamais punie pour ses bêtises. Et il est bien vrai (et heureux) que le contenu de ces aventures est hautement subversif ! L’absence de parents, figure de l’autorité, est une de ces manifations d’anarchie. Et Fifi elle-même n’obéit pas aux règles de bienséances imposées par la société (elle ne dit pas toujours ”bonjour” par exemple). Elle est vierge de toute convention.

C’est peut-être une des raisons pour lesquelles le livre n’est traduit et publié que tardivement en France. La littérature jeunesse a, à l’époque, pour vocation d’éduquer les enfants, quitte à les effrayer un peu mais surtout pas de remettre en cause la relation (autoritaire) entre les parents ou adultes en général et les enfants.

Fifi Brindacier est en quelque sorte une précurseure des enfants éduqués de manière anti-autoritaires après 1969. L’éducation anti-autoritaire est un mouvement qui s’est dévellopé en Allemagne principalement (mais pas vraiment en France).

Fifi est aussi et indéniablement une figure féministe. Elle renverse les rôles habituellement attribués aux filles et aux garçons, les mettant tous sur le pied d’égalité de l’enfance.

Fifi mérite d’autant plus sa place dans cette série d’articles dans la mesure où elle est aussi une raconteuse d’histoires, conteuse parfois un peu menteuse. Par manque de fantaisie on aurait tendance comme Annika à lui dire : ”Allons Fifi, sois sérieuse”. Mais la petite fille rousse brouille toujours les pistes entre réel et imaginaire. D’un arbre à limonade, qui de l’extérieur semble tout à fait ordinaire, elle sort une bouteille de soda. Le monde devient alors magique jusque dans ses recoins les plus anodins. Et c’est bien là que réside la force de Fifi, presque plus que dans ses petits bras.

Premier épisode de la série : l’arrivée de Fifi !

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