Culture

Hélène Barbier signe avec Panorama un petit bijou de pop déconstruite

posted by Vincent 20 décembre 2025
Hélène Barbier signe avec Panorama un petit bijou de pop déconstruite

Il y a des disques qui ne cherchent pas à vous impressionner et qui, justement pour ça, finissent par vous hanter. Panorama, le troisième album d’Hélène Barbier sous son propre nom, fait partie de cette espèce rare. Sorti le 14 novembre dernier, il tient en vingt-sept minutes à peine, et pourtant il contient un monde entier.

La musicienne, figure de la scène do it yourself de Montréal, y fait cohabiter post-punk, art-pop et une sorte de lounge légèrement détraqué, comme si ces trois esthétiques partageaient le même petit appartement. Rien n’est appuyé, tout est suggéré. Ses chansons avancent à pas feutrés, énigmatiques, et c’est par leur retenue qu’elles charment plutôt que par l’esbroufe.

On a beaucoup cité Tom Verlaine et Television pour décrire sa manière de tricoter les guitares, et la comparaison n’est pas volée. Barbier a cette élégance un peu désinvolte, ces mélodies qui semblent improvisées alors qu’elles sont en réalité ciselées avec un soin maniaque. La critique anglophone a parlé de discrète flamboyance, et l’expression colle parfaitement : il y a du feu sous la cendre, mais elle refuse de le montrer trop vite.

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Ce qui frappe à l’écoute, c’est l’équilibre entre l’étrangeté et le confort. Les morceaux pourraient verser dans l’expérimentation aride, façon no wave new-yorkaise des années 70. Au lieu de ça, ils restent étonnamment accueillants, presque pop. On se surprend à fredonner des bouts de refrain dont on serait bien incapable de prédire la suite. C’est tout le talent de Barbier : rendre l’imprévisible familier.

Panorama est de ces albums qui récompensent la patience. À la première écoute, on apprécie l’atmosphère. À la troisième, on commence à entendre les détails, les guitares qui se répondent, les arrangements minimalistes qui en disent beaucoup avec peu. Et au bout du compte, on tient là une œuvre qui ne ressemble à rien d’autre de ce qui sort en ce moment, sans jamais forcer le trait de l’originalité.

Voilà typiquement le genre de disque dont on parlera encore dans dix ans, pendant que des productions bien plus tapageuses seront tombées dans l’oubli. Si vous aimez la pop qui prend des chemins de traverse, qui ose la fragilité et l’ambiguïté, Panorama mérite largement vos vingt-sept minutes. Et probablement bien plus, une fois que vous y aurez goûté.

Crédit photo : DR

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