Culture

À plus de 80 ans, Matisse rangeait le pinceau pour des ciseaux, et le Grand Palais en fait une exposition qui vous cueille

posted by Vincent 5 juillet 2026
Nu bleu II (1952) d'Henri Matisse, gouache decoupee bleue sur fond blanc, visuel de l'exposition Matisse au Grand Palais

Il y a des expositions qu’on visite par devoir, et d’autres dont on ressort le sourire aux lèvres. « Matisse, la couleur sans limite », au Grand Palais jusqu’au début août, appartient clairement à la seconde catégorie. Le Monde résume bien la chose : on y entre un peu à reculons, on en repart réjoui.

Le sujet, c’est la dernière ligne droite d’un géant. En 1941, Matisse a soixante-douze ans quand on lui diagnostique un cancer et qu’il passe sur le billard pour une lourde opération abdominale. Il survit, cloué au lit puis au fauteuil roulant. Et au lieu de s’éteindre en douceur, il repart de plus belle. Lui-même parlait d’une « seconde vie ».

Treize années, jusqu’à sa mort en 1954, pendant lesquelles il réinvente à peu près tout ce qu’il sait faire. Le corps ne suit plus, la main tremble, alors il change d’outil. Fini le chevalet debout des heures durant. Place aux ciseaux, aux grandes feuilles de papier gouaché à l’avance par ses assistants, qu’il découpe directement dans la couleur. Il ne peint plus, il taille. « Dessiner dans la couleur », disait-il. Ce qui aurait pu ressembler à un pis-aller devient la trouvaille la plus radicale de toute sa carrière.

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L’expo réunit plus de 230 œuvres, co-produite avec le Centre Pompidou, et elle ne se contente pas des célèbres gouaches découpées. On y croise les grands formats qui claquent, La Tristesse du roi, les Nus bleus, L’Escargot, La Gerbe, mais aussi le livre Jazz, des vitraux, des textiles, et bien sûr la chapelle de Vence, ce chef-d’œuvre total qu’il considérait comme l’aboutissement de toute sa vie.

Ce qui frappe, c’est l’énergie. Un homme diminué qui produit les images les plus joyeuses et les plus libres de son époque, pendant que la guerre puis l’après-guerre grondent dehors. Il y a quelque chose de bouleversant là-dedans, et zéro pathos dans l’accrochage : on vous montre juste la lumière.

Alors oui, à Paris en plein été, il faudra jouer des coudes et réserver son créneau. Mais si vous ne devez faire qu’une grande expo cette saison, celle-ci est un candidat sérieux. Emmenez les enfants, aussi : les découpages parlent immédiatement, même aux plus jeunes. On ressort de là avec une furieuse envie de sortir les ciseaux. Rien que pour ça, ça vaut le détour.

Crédit photo : Grand Palais Rmn / Succession H. Matisse

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