
Il y a des cinéastes qui se rangent des voitures avec l’âge. Werner Herzog, lui, s’enfonce dans les hauts plateaux d’Angola, en canoë, à moto puis à pied, pour traverser des rivières pleines de crocodiles. Le résultat s’appelle Ghost Elephants, sorti dans nos salles depuis le 1er juillet, et c’est exactement le genre de film qui vous fait oublier que vous êtes assis dans un fauteuil.
Le point de départ tient sur une intuition un peu folle. Steve Boyes, biologiste sud-africain et explorateur pour National Geographic, est persuadé qu’il existe, quelque part dans les forêts reculées de l’Angola, une population d’éléphants tellement isolée qu’on ne l’a jamais vraiment documentée. Des bêtes si rares que certains les rangent au rayon des légendes. D’où le titre : des éléphants fantômes, qu’on cherche sans jamais les voir.
Ce qui accroche, c’est l’entêtement. Boyes traîne cette obsession depuis dix ans. Sept années de guet avec 180 caméras à détection et une centaine de micros planqués dans la nature, pour un résultat longtemps proche du néant. Puis, une nuit, des clichés finissent par capter deux points lumineux dans le noir, des yeux qui brillent. Je ne vous en dis pas plus, mais ce moment, filmé sans esbroufe, vaut à lui seul le déplacement.
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Herzog en fait autre chose qu’un banal documentaire animalier. Sa voix, qu’on reconnaît entre mille, transforme la traque en méditation sur le désir humain de savoir, de nommer, de posséder ce qui nous échappe. Boyes veut relier ces éléphants à Henry, le plus grand spécimen jamais enregistré, abattu en Angola en 1955. Le film, du coup, parle autant de nous que des bêtes. « Quel monde, sans éléphants ? », demande le vieux maître, et la question reste suspendue.
Sur le papier, un pisteur, des caméras, 98 minutes de jungle : rien qui promette des étincelles. Sauf que voilà, entre les mains de Herzog, ça devient hypnotique. La presse ne s’y est pas trompée, avec un accueil quasi unanime, 98 % d’avis positifs côté américain et un Roger Ebert qui parle d’un film envoûtant de bout en bout.
On y va pour la nature, on en ressort en pensant à la mort, à la mémoire et à ce qu’on détruit sans regarder. C’est bavard, c’est lent par moments, et c’est franchement magnifique. À voir en salle tant qu’il y est.
Crédit photo : Illustration générée par IA





