Culture

Le wagon, ce décor que le cinéma n’a jamais voulu lâcher

posted by Vincent 17 août 2024
Le wagon, ce décor que le cinéma n'a jamais voulu lâcher

Tout a commencé par une panique. En décembre 1895, les frères Lumière projettent l’arrivée d’un train en gare de La Ciotat, et la légende veut que des spectateurs aient bondi de leur siège, persuadés que la locomotive allait leur passer dessus. Le cinéma naissait, et il naissait déjà avec un train dans le cadre.

Plus d’un siècle plus tard, rien n’a vraiment changé. Des Lumière à Spielberg, la machine à vapeur n’a jamais quitté l’écran. On peut se demander pourquoi un simple moyen de transport exerce une telle fascination sur les cinéastes.

La réponse tient sans doute à la nature même du train. Il y a d’abord l’esthétique des rails, ces lignes parallèles qui filent vers l’horizon et qui semblent dessinées pour la profondeur de champ. Une image de puissance, de vitesse, qui parle immédiatement à la caméra.

Et puis il y a le son. Quand le cinéma est devenu parlant dans les années 1930, le sifflet de la locomotive et le martèlement des roues sur les rails sont devenus une musique à part entière, un rythme qui structure une scène mieux qu’une bande-son.

Mais ce qui fait du train un terrain de jeu inépuisable, c’est surtout son intérieur. Le compartiment, c’est l’espace clos par excellence. On y enferme des inconnus que tout oppose, et il suffit d’attendre que la mécanique dramatique se mette en marche.

Hitchcock l’avait parfaitement compris, lui qui adorait coincer ses personnages dans des wagons où le moindre regard devient suspect. Le huis clos roulant offre tout ce qu’un scénariste peut désirer : la promiscuité, le secret, l’impossibilité de fuir.

Le train fait son cinéma

Un bel hommage illustré au rail tel que le cinéma l’a filmé :

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Le train est aussi un formidable symbole de transition. On y monte dans une vie et on en descend dans une autre. Entre deux gares, le personnage flotte dans un entre-deux, hors du temps, propice aux confidences comme aux retournements.

Décor de films d’amour, où deux solitudes se croisent le temps d’un trajet. Décor d’action, où la course-poursuite gagne en intensité dès qu’elle se déroule sur un toit de wagon lancé à pleine vitesse. Le train sait tout faire.

Il porte enfin une charge plus lourde, celle de l’Histoire. Difficile d’évoquer le rail au cinéma sans penser aux convois sombres du XXe siècle, qui ont fait de la voie ferrée un motif tragique autant qu’aventureux.

C’est peut-être ça, le secret de cette histoire d’amour qui dure. Le train condense en un seul objet la beauté du mouvement, la tension du huis clos et le vertige du voyage intérieur. Trois films en un, à chaque départ.

Alors oui, le train sifflera encore mille fois sur nos écrans. Et tant qu’il restera des cinéastes pour filmer un quai désert sous la pluie ou un visage collé à la vitre, on continuera de monter à bord sans hésiter.

Crédit photo : DR

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