Culture

Le réalisateur de « Dernier train pour Busan » revient, et cette fois il n’y a pas un seul zombie

posted by Vincent 30 juillet 2026
Affiche officielle du film The Ugly de Yeon Sang-ho

On connaît surtout Yeon Sang-ho pour « Dernier train pour Busan« , ce huis clos ferroviaire de 2016 qui avait remis les morts-vivants à la mode et rempli les salles du monde entier. Son nouveau film, « The Ugly », sorti mercredi dernier chez KMBO, prend le chemin exactement inverse. Pas de course contre la contamination, pas d’effets. Juste une famille, un secret vieux de quarante ans, et une lenteur assumée.

Le point de départ est glaçant sans jamais forcer le trait. Un graveur de sceaux, aveugle de naissance, vit reclus avec son fils unique. L’homme est admiré pour la beauté de son travail, un comble quand on y pense. Puis on retrouve les ossements de sa femme, disparue quatre décennies plus tôt. Le fils s’associe à un producteur de télévision venu filmer le père, et tente de reconstituer la vie de cette mère que presque personne ne veut se rappeler autrement que par sa prétendue laideur.

Yeon adapte là son propre roman graphique, « Face », paru en 2018. Ça se sent dans la construction, faite de témoignages, de souvenirs qui se contredisent, de visages qu’on interroge. Le film avance par couches, comme une enquête intime plus que comme un thriller nerveux. Park Jeong-min et Kwon Hae-hyo portent l’ensemble avec une sobriété qui colle parfaitement au propos.

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Parce que le vrai sujet, ce n’est pas le crime. C’est la laideur morale d’une société qui juge tout à l’apparence. Les humiliations s’empilent, discrètes puis franchement pénibles, jusqu’à dessiner un monde où presque chacun profite de la faiblesse d’un autre. On sort de là un peu lesté, il faut le dire.

Alors soyons clairs, ce n’est pas le film qu’on met pour une soirée légère. Ses 102 minutes prennent leur temps, et cette tristesse qui imprègne tout finit par peser. Mais c’est justement ce qui le rend fort. Sélectionné au festival de Toronto l’an dernier, « The Ugly » confirme que Yeon Sang-ho sait faire bien autre chose que du cinéma de genre.

Si vous aimez les récits coréens qui creusent la culpabilité et la mémoire, du côté de Bong Joon-ho ou de Lee Chang-dong, foncez. Si vous cherchiez surtout à retrouver l’adrénaline du train, passez votre chemin. Ici, le monstre n’a pas de crocs. Il a juste un regard.

Crédit photo : KMBO

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