
Il y a des histoires vraies qu’on hésite à porter à l’écran, parce qu’on devine d’avance qu’elles peuvent virer au tire-larmes. Seule la vie fait partie de celles-là, et pourtant le film d’Adrian Goiginger passe entre les gouttes.
Le point de départ tient en une phrase terrible. Barbara, artiste clown, perd son mari et ses deux enfants dans un accident de la route. En une seconde, une famille de quatre tombe à une. Le titre original, Vier minus drei, dit exactement ça, quatre moins trois, et on ne peut pas trouver arithmétique plus glaçante.
Le film s’inspire du récit autobiographique de l’Autrichienne Barbara Pachl-Eberhart, un best-seller paru il y a une quinzaine d’années. Autant dire que le matériau est solide, et surtout qu’il est vrai, ce qui change tout dans la façon dont on regarde chaque scène.
Ce qui frappe, c’est le refus obstiné du misérabilisme. Barbara est clown, et Goiginger se sert de ce métier comme d’un fil rouge. Le rire devient une manière de tenir debout, pas un gadget de scénario. Il y a même une scène d’enterrement étonnamment lumineuse, où l’on rit sans culpabiliser. C’est là que le film gagne son pari : loger le deuil et la grâce dans le même plan.
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Beaucoup repose sur Valerie Pachner, et elle est vraiment excellente. Elle passe de l’effondrement à l’acceptation avec mille nuances, sans jamais surjouer la douleur. À ses côtés, Robert Stadlober tient parfaitement sa partie. On ressort de là bouleversé, mais pas essoré.
Tout n’est pas parfait pour autant. Le film ramène sans cesse Barbara à son statut de femme qui a tout perdu, et cette étiquette finit par peser autant sur elle que sur nous. La friction est sans doute voulue, mais elle rend certains passages un peu appuyés.
Deux heures et une minute, c’est le format juste pour laisser respirer les flashbacks familiaux sans s’enliser. On alterne les souvenirs heureux et la lente remontée, et la mise en scène choisit toujours l’émotion vraie plutôt que le spectaculaire.
Pour qui, du coup ? Pour les adultes qui n’ont pas peur d’un film sur la perte qui ne détourne jamais le regard, et qui préfèrent la pudeur au pathos. Ce n’est pas une soirée légère, mais c’est une belle claque, du genre dont on se souvient longtemps. Sorti début juillet, il mérite franchement le détour.
Crédit photo : Pyramide Films





