
Il a écrit ça très jeune. Nelio Biedermann est suisse, né en 2003 sur les rives du lac de Zurich, et son premier roman traîne déjà derrière lui une réputation qui donnerait le vertige à des auteurs trois fois plus âgés. Lázár, paru en allemand l’an dernier, a fait sensation dès la Foire de Francfort 2024, où une vingtaine d’éditeurs se sont arraché les droits. On le traduit aujourd’hui dans une vingtaine de langues. Patti Smith adore. Et certains critiques lâchent le nom de Thomas Mann, rien que ça.
En français, c’est Belfond qui publie, dans une traduction de Rose Labourie, 352 pages parues le 20 août. Le livre suit la famille von Lázár, aristocrates hongrois, sur trois générations, de 1900 à 1956. Autant dire qu’il traverse à peu près tout ce que le siècle a produit de catastrophes : la fin de l’Empire austro-hongrois, deux guerres mondiales, l’occupation nazie, puis l’arrivée des Soviétiques et l’exil forcé quand le communisme démantèle le vieux monde.
Ça commence avec Lajos, un enfant né avec la peau translucide et des yeux bleu-lac, élevé dans un château où l’argent coule à flots mais où l’atmosphère tient de la prison. Biedermann connaît le terrain de loin : sa propre famille paternelle descend de la noblesse hongroise, et ses grands-parents ont fui vers la Suisse dans les années 1950. Il ne raconte pas sa vie, mais il fait remonter, dit-il, les générations qui l’ont précédé.
Le roman-phénomène de la rentrée, dans la traduction française de Rose Labourie :
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Ce qui frappe, c’est le mélange de registres. De la violence, de la poésie, une forêt magique et franchement inquiétante, un humour corrosif qui empêche la fresque de sombrer dans le tragique appliqué. Le réalisme magique côtoie le drame intime, et Rose Labourie parvient à faire tenir tout ça en français sans que les coutures se voient.
Faut-il pour autant sortir le nom de Mann ? La comparaison est lourde à porter pour un garçon de cet âge, et on sent parfois l’ambition dépasser un peu la maîtrise. Mais le souffle est là, réel, et rare. C’est le genre de premier roman qu’on ouvre par curiosité un peu goguenarde et qu’on referme en se disant qu’on tient peut-être un futur grand.
Si vous aimez les grandes sagas familiales ancrées dans l’Histoire, celle-là mérite vraiment le détour.
Crédit photo : Belfond





