
On connaît Ed O’Brien comme le grand monsieur discret de Radiohead, celui qui sculpte des nappes de guitare derrière Thom Yorke depuis trente ans. Le voilà qui sort enfin de l’ombre, et sous son vrai nom cette fois. Blue Morpho, son deuxième disque solo, est paru le 22 mai sur le label Transgressive.
Premier signe que les choses ont changé : exit le pseudonyme EOB de son album précédent, Earth, en 2020. Cette fois, c’est Ed O’Brien tout court. Une façon d’assumer, de cesser de se cacher.
Et il y avait de quoi se cacher. Le musicien raconte avoir traversé, pendant le confinement, la dépression la plus profonde de sa vie. C’est dans la nature galloise, puis à Londres, qu’il a recousu les morceaux. Le disque porte cette cicatrice, sans jamais s’apitoyer.
Musicalement, on est loin du premier album, plus dansant. Blue Morpho prend son temps. Sept titres, trente-huit minutes, une folk psychédélique baignée de cordes, avec des échappées vers le jazz et le funk quand on ne les attend pas. Le producteur Paul Epworth, habitué d’Adele, lui taille des paysages sonores amples et lumineux.
Les morceaux respirent. Incantations ouvre le bal en mode hypnotique, le titre Blue Morpho déploie une orchestration presque cinématographique, et le disque se referme sur Obrigado, dix minutes qui ressemblent à une longue expiration.
Si Blue Morpho vous donne envie de replonger dans le grand oeuvre du groupe, OK Computer reste le sommet de Radiohead, a redecouvrir sans moderation.
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La presse anglo-saxonne a salué l’objet, et on comprend pourquoi. O’Brien utilise sa voix comme un instrument de plus, jamais en avant, toujours fondue dans la matière. C’est un disque de guérison, au sens propre, et ça s’entend.
Faut-il être fan de Radiohead pour y entrer ? Pas forcément. Mais ceux qui cherchent ici les fulgurances d’OK Computer feront fausse route. Blue Morpho ne cherche pas la tension, il vise l’apaisement. C’est un disque du soir, à écouter au casque, lumière baissée.
Reste un bémol. À force de contemplation, l’album frôle parfois la torpeur, et on aimerait qu’il se cabre un peu plus souvent. C’est sans doute le prix d’une musique aussi sincèrement tournée vers le calme.
Si vous aimez les disques qui se méritent, ceux qu’on réécoute en saisissant un détail nouveau à chaque fois, celui-ci mérite largement votre attention.
Crédit photo : Transgressive Records





