Culture

Ananda Devi bâtit un royaume peuplé d’esclaves et de fantômes, et c’est le roman que j’attends le plus de cette rentrée

posted by Vincent 2 août 2026
Couverture du roman Chronique d'un royaume perdu d'Ananda Devi, publie chez Grasset

461 romans. C’est le nombre de titres qui vont s’écraser sur les tables des libraires entre la fin août et le mois d’octobre. Autant dire un raz-de-marée dans lequel neuf lecteurs sur dix vont se noyer avant même d’avoir ouvert le premier. Du coup, la vraie question n’est pas de savoir ce qui sort, mais ce qui mérite qu’on lui vole trois soirées.

Pour moi, un nom surnage déjà : Ananda Devi.

La romancière mauricienne revient le 19 août chez Grasset avec Chronique d’un royaume perdu, et rien que le résumé donne envie de poser tout le reste. Direction Le Bouchon, un village minuscule et coupé du monde sur l’île Maurice, où quatre générations se succèdent depuis le temps de l’esclavage. À l’origine, cinq enfants : trois nés dans la richissime famille blanche des Dumontais, deux d’une femme noire réduite en esclavage. On leur interdit de s’aimer, alors ils fuient et se fabriquent leur propre royaume, autarcique, un peu magique, où les frontières entre les vivants et les morts, entre hier et demain, finissent par s’effacer.

L’un d’eux, un gamin timide, devient le chroniqueur de ce monde. Il note tout pour que rien ne se perde. C’est lui qui raconte.

Chronique d'un royaume perdu, Ananda Devi (Grasset)

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Ce que j’aime, sur le papier, c’est cette façon de prendre un sujet qu’on croit avoir lu cent fois, la violence coloniale, et de le faire basculer dans le conte, la fresque, presque le fantastique. Devi n’écrit pas des dossiers. Elle écrit des corps, des odeurs de terre, des rancunes de famille qui traversent les siècles. Ceux qui ont dévoré Ève de ses décombres savent qu’elle peut vous embarquer dans une langue qui cogne et caresse en même temps. Ici elle vise large, plus d’un siècle et demi, avec une ambition qui pourrait aussi bien virer au chef-d’œuvre qu’au trop-plein. On verra une fois le livre entre les mains.

Ce n’est pas une lecture de plage, attention. C’est dense, c’est habité, ça demande qu’on s’y pose vraiment. Mais si vous cherchez, dans le fatras de la rentrée, le genre de roman qui vous reste en tête des semaines après l’avoir refermé, celui-là a toutes les cartes pour.

Bref, notez la date. Le 19 août, pendant que 460 autres livres se battront pour votre attention, celui-ci part avec une bonne longueur d’avance.

Crédit photo : Grasset

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