Culture

La Terre du Milieu vote-t-elle vraiment au centre gauche ?

posted by Vincent 12 février 2022
La Terre du Milieu vote-t-elle vraiment au centre gauche ?

Il y a une idée amusante qui circule sur l’œuvre de Tolkien : et si la Comté, ce petit pays de Hobbits paisibles, était au fond une utopie de centre gauche ? Pas franchement révolutionnaire, mais sympathiquement progressiste, écolo avant l’heure et profondément attachée à son cadre de vie.

L’hypothèse fait sourire, et pourtant elle tient mieux qu’on ne le croit. Les Hobbits vivent en autonomie, cultivent leurs jardins, refusent les grandes machines et se méfient des ambitions démesurées. Une décroissance heureuse, version pipe et bière brune.

Le Seigneur des anneaux raconte d’ailleurs une longue lutte contre la concentration du pouvoir. L’Anneau unique, c’est l’autorité absolue, celle qui corrompt forcément quiconque la touche, même les mieux intentionnés. Le message est limpide : aucun individu ne devrait porter une telle puissance.

Voilà qui sonne plutôt à gauche, cette défiance envers les chefs providentiels. Gandalf lui-même refuse l’Anneau, conscient qu’il finirait tyran malgré ses bonnes intentions. La sagesse, ici, consiste à ne pas vouloir régner.

Sauf que le tableau se complique vite. Car la Terre du Milieu reste un monde de rois légitimes, de lignées sacrées et de retour à l’ordre ancien. Aragorn n’abolit pas la monarchie, il la restaure. On est plus proche de la tradition que de la table rase.

Et puis il y a cette opposition un peu rude entre les peuples lumineux de l’Ouest et les hordes venues de l’Est et du Sud. De nombreux lecteurs ont relevé ce que cette géographie morale pouvait avoir de daté, voire de gênant, même si Tolkien s’est toujours défendu de toute allégorie politique.

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C’est peut-être là tout le sel de l’affaire. On peut tirer Tolkien vers à peu près n’importe quelle sensibilité, parce que son œuvre est traversée de tensions qu’il n’a jamais cherché à résoudre. Nostalgie d’un monde rural disparu, méfiance envers l’industrie, attachement à la hiérarchie naturelle des choses.

L’auteur était catholique, conservateur, marqué par les tranchées de 1914. Difficile d’en faire un militant progressiste. Mais son amour de la nature, son rejet du productivisme et sa peur du pouvoir absolu parlent évidemment à une partie de la gauche contemporaine.

Au fond, plaquer une étiquette politique sur la Terre du Milieu en dit surtout long sur nous-mêmes. On y projette nos espoirs, nos angoisses du moment, notre façon de regarder le monde. Le miroir est large, et chacun s’y reconnaît.

C’est sans doute pour ça que ces récits continuent de nous accompagner. Ils ne donnent pas de leçon, ils posent des questions sur le pouvoir, la fidélité, le courage des petits. Et ces questions-là, elles n’ont pas de parti.

Crédit photo : DR

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