Culture

Douglas Stuart enferme un fils sur une île écossaise, et il vise déjà un deuxième Booker

posted by Vincent 2 août 2026
Couverture du roman John, fils de John de Douglas Stuart (éditions Globe)

Cal croyait s’en être sorti. Diplôme en poche, il pensait avoir laissé derrière lui l’île de Harris, dans les Hébrides extérieures, son père et cette communauté presbytérienne où tout se règle entre le travail et la prière. Sauf que John, le père, en a décidé autrement. Il le fait rentrer. Retour aux moutons, au métier à tisser, au fameux tweed de Harris, et à une vie dont Cal ne voulait plus.

C’est le point de départ de « John, fils de John », le nouveau roman de Douglas Stuart, qui paraît chez Globe le 26 août dans une traduction de Charles Bonnot. Le titre original, « John of John », dit déjà l’essentiel : on est prisonnier d’une lignée avant même d’être quelqu’un.

Stuart, vous le connaissez peut-être sans le savoir. En 2020, cet Écossais a raflé le Booker Prize avec « Shuggie Bain », un premier roman bouleversant sur un gamin de Glasgow et sa mère alcoolique. Un coup d’essai qui était un coup de maître. Le voilà de retour avec la même matière première : l’Écosse populaire, la honte, l’amour qui abîme autant qu’il tient debout.

Et cette fois encore, ça marche fort. « John, fils de John » figure dans la sélection du Booker Prize 2026, ces treize romans retenus par un jury présidé par l’historienne Mary Beard, qui a lu 163 livres en sept mois. Stuart pourrait devenir le cinquième écrivain de l’histoire à gagner deux fois le prix. Le roman est aussi finaliste de l’Orwell Prize pour la fiction politique. Rien que ça.

John, fils de John — Douglas Stuart (Globe)

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Ce qui frappe chez lui, c’est cette manière de filmer les silences familiaux, les non-dits qui pèsent des tonnes. Le fameux secret du père, celui qui a brisé la famille, on le sent monter longtemps avant qu’il n’éclate. Ce n’est jamais spectaculaire, c’est pire : c’est intime, et ça vous reste.

Un petit avertissement quand même. Comme « Shuggie Bain », c’est un livre rugueux, qui ne cherche pas à consoler. Si vous voulez de la lecture de plage légère, passez votre chemin. Mais pour qui aime les romans qui creusent la transmission, l’héritage impossible et les paysages austères du bout du monde, c’est un rendez-vous à ne pas rater.

Détail à noter : c’est pour l’instant le seul titre de la sélection Booker à sortir en français. Autant en profiter avant que tout le monde n’en parle en novembre.

Crédit photo : Éditions Globe

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