Culture

Fils de personne : Romain Duris en père malgré lui, quelque part en Thaïlande

posted by Vincent 12 juin 2026
Affiche du film Fils de personne de Safy Nebbou, avec Romain Duris serrant un enfant dans ses bras

Mercredi, entre le retour de Spielberg et l’animation barrée de Quentin Dupieux, un film plus discret s’est glissé dans les salles. Fils de personne, de Safy Nebbou, mérite pourtant qu’on s’y arrête.

Le point de départ est rude. Mapring, un petit garçon thaïlandais de 4 ans, vient d’arriver en France quand sa mère adoptive meurt dans un accident de voiture. Thomas, le mari, se retrouve seul avec un enfant qu’il n’a pas vraiment choisi et qui ne le reconnaît pas comme père. Plutôt que de s’accrocher, il décide de repartir en Thaïlande pour retrouver la famille biologique du petit. Et de le rendre, en somme.

Vous voyez venir le voyage initiatique, et vous n’avez pas tort. Le film suit un chemin assez balisé, c’est sa principale limite. La presse ne s’y est pas trompée, avec un accueil mitigé autour de 3 étoiles sur 5. Mais réduire le film à sa structure prévisible serait injuste.

D’abord parce que Romain Duris est remarquable. Loin de ses rôles speed, il joue tout en retenue un homme égoïste, dépassé, qui n’a rien d’un héros. On le suit sans qu’il cherche jamais à se faire aimer, et c’est ce qui le rend attachant. Face à lui, le petit Master Sanpasiri Khosittachawanich apporte une spontanéité qui désamorce tout pathos.

Dans les forêts de Sibérie, de Sylvain Tesson (Folio)

Avant Fils de personne, Safy Nebbou avait adapté au cinéma le récit de Sylvain Tesson au bord du lac Baïkal. Une lecture idéale pour prolonger le voyage.

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Ensuite parce que la Thaïlande filmée par Nebbou n’a rien d’une carte postale. Montagnes, terres rouges, routes poussiéreuses : la caméra prend son temps, privilégie les silences et les regards. Le réalisateur de Dans les forêts de Sibérie sait filmer des personnages perdus dans des paysages plus grands qu’eux.

Le film adapte au passage Handle with Care, un drame norvégien passé inaperçu chez nous. Nebbou y retrouve ses obsessions : le deuil, la filiation, ce qui fait qu’on devient parent. La question posée est simple, et pas si souvent traitée au masculin : être père, est-ce une affaire de biologie ou de décision ?

À réserver à ceux qui acceptent un rythme contemplatif. Comptez 1h37 sans esbroufe, quelques longueurs au milieu de parcours, et une émotion qui monte doucement plutôt qu’elle ne vous saute dessus. Pour ma part, j’en suis sortie remuée, et c’est déjà beaucoup.

Si vous hésitez ce week-end entre les grosses machines du moment et ce drame discret, tout dépend de votre humeur. Mais Duris en père malgré lui, ça vaut le détour.

Crédit photo : Sony Pictures Releasing France

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