
On craignait le biopic patrimonial, raide et embaumé, du genre qu’on impose aux classes de troisième. Antonin Baudry, lui, a choisi l’inverse. Sa Bataille de Gaulle, dont la première partie L’Âge de fer est sortie en salles le 3 juin, raconte un homme qui n’a encore rien gagné. Juin 1940, la France s’effondre, l’armistice est signé, et un général à peu près inconnu refuse de plier. Il file à Londres avec une certitude que personne ne partage. C’est ce moment-là, celui où De Gaulle n’est qu’une voix sans armée, que le film attrape.
Le pari, c’est l’échelle humaine. Pas la statue, l’homme. Simon Abkarian s’empare du rôle sans imiter la caricature qu’on connaît tous, sans la voix de tribune ni les bras en V. Il joue l’entêtement, l’agacement, la solitude de celui qui a raison trop tôt et que tout le monde prend pour un illuminé. En face, Simon Russell Beale campe un Churchill rusé et fatigué, et le duo vaut à lui seul le déplacement. Autour, le casting est presque indécent : Benoît Magimel en Koenig, Mathieu Kassovitz, Karim Leklou, Niels Schneider, Thierry Lhermitte. Du beau monde, jamais gâché.
Le film tient près de 2h40 et, surprise, on ne les sent pas vraiment passer. Baudry, ancien diplomate devenu scénariste de bande dessinée puis cinéaste, sait raconter une négociation comme une scène d’action. Le récit, adapté du travail de l’historien Julian T. Jackson, reste précis sans devenir un cours magistral. Et il y a de l’humour, vraiment, là où on ne l’attendait pas. Un De Gaulle un peu Don Quichotte, qui sermonne les Anglais et se fâche tout seul dans des bureaux vides.
Le film s’appuie sur la biographie de référence de l’historien Julian Jackson, à lire pour prolonger :
De Gaulle : Une certaine idée de la France (Julian Jackson) → voir sur Amazon
Lien affilié Amazon. En tant que Partenaire Amazon, je réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.
Tout n’est pas parfait. La première partie s’arrête sur un seuil, forcément frustrant, puisque la suite (J’écris ton nom) n’arrive qu’en juillet. Et quelques passages très écrits virent au théâtre filmé. Mais l’ensemble respire, ce qui n’allait pas de soi pour un sujet aussi balisé.
Présenté hors compétition à Cannes, ce premier volet redonne envie d’un cinéma français ambitieux et populaire à la fois. Si vous fuyez d’habitude les films à grands hommes, celui-ci pourrait vous réconcilier avec le genre. Et si vous aimez l’Histoire racontée par ses fêlures plutôt que par ses médailles, foncez.
Crédit photo : AlloCiné





