
Le Musée Maillol consacre tout son été à Gianni Versace, et c’est un petit événement. Du 5 juin au 6 septembre, près de 450 pièces retracent la carrière du couturier italien, dans ce qui est présenté comme la première grande rétrospective française qui lui soit dédiée depuis 1986. Quarante ans d’attente, ça commençait à faire long.
Le calendrier n’est pas tout à fait innocent. Versace aurait eu 80 ans cette année. Il a été assassiné devant sa villa de Miami en 1997, en pleine gloire, et son nom est resté accroché à une décennie entière : celle des supermodels, des défilés démesurés et d’un luxe qui ne s’excusait jamais d’être trop.
Le parcours ne suit pas l’ordre des collections, et c’est une bonne idée. Il avance par thèmes : les drapés inspirés de la statuaire grecque, les imprimés baroques, les silhouettes pop des années 80 et 90, l’or partout, la méduse en logo. Le clou du spectacle, c’est un long podium qui traverse presque tout le musée et aligne plus de 120 silhouettes, comme un défilé figé qu’on parcourt à pied.
Autour, des croquis, des accessoires et surtout de la photo de très haut niveau. Avedon, Penn, Helmut Newton, Mario Testino : Versace a été habillé par les plus grands objectifs de son temps, et la mode des années 90 se relit ici comme un chapitre de l’histoire de l’image autant que du vêtement.
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Une réserve, quand même. La scénographie reste sobre, presque sage, très centrée sur les pièces elles-mêmes. On est loin du dispositif immersif et clinquant qu’un Dolce & Gabbana avait déployé ailleurs. Ceux qui venaient chercher le grand spectacle façon parc d’attractions risquent de trouver ça un peu classique. Mais c’est aussi tout l’intérêt : on regarde vraiment les robes, sans fumigènes ni écrans géants pour détourner le regard.
Et franchement, devant une robe de soie taillée comme une colonne antique, ou devant ces imprimés qui hurlent et fonctionnent quand même, on comprend pourquoi Versace tient toujours. Il avait ce mélange rare de culture savante et de vulgarité assumée qui n’a pas pris une ride.
À voir si vous aimez la mode, bien sûr, mais aussi si les années 90 vous parlent, ou simplement pour le plaisir d’un bel objet. Comptez autour de vingt euros l’entrée, et évitez le week-end si vous pouvez. Le podium mérite qu’on s’y attarde.
Crédit photo : Sortiraparis





