
Il y a des vies qui tiennent à peine dans une seule exposition. Celle de Lee Miller en réclamerait trois ou quatre, et c’est précisément ce que le Musée d’Art Moderne de Paris essaie de faire tenir jusqu’au 2 août, avec près de 250 tirages réunis pour la plus grande rétrospective française qu’on lui ait consacrée depuis vingt ans.
On commence par la jeune Américaine, photographiée en mannequin dans le New York des années 1920, le visage en couverture de Vogue. Et on finit dans la boue de la Seconde Guerre mondiale, l’appareil au poing, accréditée par l’armée américaine. Entre les deux, il y a Paris.
Paris, c’est Man Ray. Elle débarque en 1929, devient son élève puis sa complice, et participe à la mise au point de la solarisation, ce procédé qui inverse les ombres et les lumières et donne aux portraits leur halo étrange. On a longtemps raconté l’histoire comme celle d’une muse. L’exposition remet les choses à l’endroit : Miller était une photographe à part entière, pas un modèle qui posait sagement.
Le parcours suit six sections, du studio de mode à une résidence égyptienne dont elle ramène des images de désert magnifiques, jusqu’au tournant qui change tout. En 1944, elle suit les troupes alliées et photographie la guerre sans détour. Ses clichés des camps de Dachau et de Buchenwald, à la libération, comptent parmi les plus durs jamais publiés dans un magazine de mode.
Pour prolonger la visite, la biographie de reference signee par son fils Antony Penrose, celle qui a inspire le film Lee :
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Et puis il y a cette photo, devenue iconique : Lee Miller dans la baignoire de Hitler, à Munich, le jour même où l’on découvrait l’horreur des camps. Ses bottes pleines de cendres posées sur le tapis de bain du dictateur. Une image insolente, presque insoutenable de lucidité.
La rétrospective, montée avec la Tate Britain et l’Art Institute de Chicago, a le mérite de ne pas trier. Elle montre la mondaine et la reporter, l’expérimentation surréaliste et l’engagement politique, sans choisir un récit plus confortable que l’autre.
Après la guerre, Miller s’est tue. Elle a rangé ses négatifs dans un grenier du Sussex, où son fils les a retrouvés bien après sa mort. C’est aussi ça que raconte l’exposition : une femme qui a tout vu, et qui a décidé de ne plus en parler.
Comptez 17 euros, gratuit pour les moins de 18 ans. Si vous ne devez voir qu’une expo cet été à Paris, hésitez sérieusement à choisir celle-là.
Crédit photo : Musee d’Art Moderne de Paris / Ville de Paris





