Culture

L’Étrangère : Gaya Jiji raconte l’exil par une histoire d’amour, et Zar Amir Ebrahimi y est bouleversante

posted by Vincent 26 juin 2026
Affiche du film L'Étrangère de Gaya Jiji, avec Zar Amir Ebrahimi, Alexis Manenti et Amr Waked

Selma fuit la Syrie. Elle laisse derrière elle un petit garçon de six ans, Rami, et un mari disparu dans les prisons du régime. Après un voyage dangereux, elle arrive à Bordeaux et enchaîne les heures de travail au noir.

C’est le point de départ de L’Étrangère, sorti cette semaine en salles. Le deuxième long métrage de Gaya Jiji, cinéaste syrienne elle-même exilée depuis 2014. Et ça change tout, parce qu’elle ne filme pas l’exil de l’extérieur, en observatrice. Elle sait de quoi elle parle.

Le film aurait pu se contenter d’être un récit de réfugiée de plus, avec ses guichets, ses files d’attente et ses formulaires qui ne mènent nulle part. Il y a tout ça, et c’est filmé sans misérabilisme, presque à hauteur de paperasse. Mais Jiji greffe par-dessus une histoire d’amour. Selma rencontre Jérôme, un avocat marié qui va l’aider dans sa demande d’asile et tenter de faire venir son fils.

C’est là que le film devient intéressant. Parce qu’il ne tombe pas dans le triangle amoureux balisé qu’on voit venir à des kilomètres. La question n’est pas de savoir qui va finir avec qui. C’est de savoir si on peut encore aimer après ça. Après avoir tout perdu, après le trauma, après avoir laissé un enfant de l’autre côté de la Méditerranée.

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Le dernier tiers est clairement le plus fort. La conclusion, toute en retenue, suggère que le véritable amour, c’est respecter la liberté de l’autre. C’est digne, c’est juste, et ça évite la grosse ficelle émotionnelle.

Il faut être honnête sur les réserves. La mise en scène reste parfois trop prudente, un peu sage, et le film n’échappe pas à quelques ambiguïtés dans son propos. On sent une réalisatrice qui touche au cœur mais qui n’ose pas toujours appuyer là où ça ferait vraiment mal.

Reste Zar Amir Ebrahimi. L’actrice iranienne, exilée de Téhéran depuis 2008 et révélée chez nous par Holy Spider, porte le film sur ses épaules. Elle fait vibrer l’aspiration d’une femme à sa propre liberté avec une intensité rare. À ses côtés, Alexis Manenti et l’Égyptien Amr Waked tiennent leur partition.

Un drame d’1h41 qui ne révolutionne rien mais qui vous reste. À voir si les histoires d’exil et les beaux portraits de femmes vous parlent. Et pour Zar Amir, franchement, ça vaut le déplacement.

Crédit photo : Tandem Films

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