Culture

Salman Rushdie revient à la fiction, et c’est un soulagement

posted by Vincent 17 juin 2026
Couverture de La onzième heure de Salman Rushdie, éditions Gallimard

Quatre ans après l’attaque au couteau qui lui a coûté un œil, en pleine conférence à New York, Salman Rushdie publie « La onzième heure » chez Gallimard. Pas un roman fleuve, mais un recueil de cinq nouvelles, ou plutôt cinq courts romans. Et le simple fait de tenir ce livre entre les mains a quelque chose de réconfortant.

On le craignait diminué, hanté, peut-être incapable de retrouver le fil. Il l’avait d’ailleurs raconté lui-même dans « Le Couteau », ce témoignage brut sur l’agression et la longue convalescence. Là, il tourne la page et redevient ce qu’il a toujours été : un conteur.

Les cinq textes voyagent entre Bombay, l’Inde du Sud et un campus d’Oxford. On passe d’un duo d’octogénaires qui s’envoient des piques jusqu’à la mort de l’un, à une musicienne dont la sitar déclenche pluies et destructions, en passant par un pastiche très kafkaïen situé en Oklahoma. C’est foisonnant, parfois déroutant, mais chaque histoire a son propre tempo et son atmosphère.

Le fil rouge, c’est la fin. La vieillesse, la mort, les fantômes, ce qu’on laisse derrière soi. Rushdie a 78 ans et il regarde la sortie en face, avec l’humour grinçant d’un Philip Roth des dernières années. Une des nouvelles rend même hommage à E.M. Forster et médite sur l’après. Difficile de ne pas y voir une forme de testament littéraire.

La onzième heure (Gallimard)

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Sauf que Rushdie déteste qu’on l’enterre trop vite. La dernière nouvelle est une célébration du langage, une révolte joyeuse de la fiction contre la bêtise et la violence. Venant d’un homme qui a failli mourir pour ses livres, ça résonne autrement. Et il enchaîne déjà : il travaille sur une adaptation de « Candide ».

Faut-il commencer par là si vous n’avez jamais lu Rushdie ? Honnêtement, ce n’est pas le plus simple. Sa langue baroque, ses digressions, ses références qui partent dans tous les sens demandent un peu d’effort. Mais le format court joue en sa faveur : on peut piocher une nouvelle, la laisser reposer, revenir. C’est moins intimidant qu’un de ses pavés.

Pour les lecteurs qui l’aiment déjà, c’est un pur plaisir, et un vrai motif de joie de le retrouver intact. Pour les autres, c’est une porte d’entrée plus accessible qu’on ne le croit. 320 pages, dans la collection « Du monde entier ». À ranger entre deux relectures, et à savourer lentement.

Crédit photo : Gallimard

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