
Il y a des écrivains qu’on lit pour se rassurer, et d’autres pour se perdre. Christopher Priest appartenait à la seconde catégorie. L’auteur britannique est mort le 2 février 2024, à 80 ans, emporté par un cancer. Avec lui disparaît l’un des derniers grands manipulateurs de la science-fiction, de ceux qui se servaient du genre pour brouiller la frontière entre ce qui est vrai et ce qu’on croit l’être.
Né le 14 juillet 1943 dans la campagne du Cheshire, en Angleterre, Priest publie son premier roman, Indoctrinaire, en 1970. Très vite, on comprend qu’il ne fera rien comme les autres. La mémoire, la subjectivité, la réalité qui se dédouble : ses obsessions sont là dès le départ, servies par des récits qui refusent la ligne droite et des narrateurs en qui on aurait tort d’avoir confiance.
Son nom reste attaché à la New Wave britannique, ce courant qui voulait sortir la SF de la quincaillerie spatiale pour lui offrir l’ambition stylistique de la grande littérature. Priest, lui, ne s’est jamais privé de tacler les facilités du genre, tout en l’enrichissant de quelques sommets. Le Monde inverti, La Fontaine pétrifiante, Le Glamour, La Séparation, qui décroche le Grand Prix de l’Imaginaire en 2006 : sa bibliographie est un labyrinthe où chaque pièce reconfigure les précédentes.
Et puis il y a Le Prestige. Le roman lui vaut le James Tait Black Memorial Prize et le World Fantasy Award, avant que Christopher Nolan ne l’adapte en 2006 pour un film nommé aux Oscars. L’histoire de deux magiciens rivaux qui se détruisent à coups de secrets, c’est du Priest pur jus : un tour de passe-passe où le lecteur applaudit sans jamais voir le truc.
Pour entrer dans son oeuvre par la grande porte, son chef-d’oeuvre adapte par Nolan :
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Sa vie privée a connu autant de chapitres que ses livres. Marié à l’écrivaine Lisa Tuttle, puis à Leigh Kennedy, avec qui il a eu deux enfants, Elizabeth et Simon, il partageait ses dernières années avec la romancière Nina Allan, sur l’île de Bute, en Écosse, près de Glasgow.
Jusqu’au bout, il a écrit. Au moment de sa mort, il travaillait sur une biographie de J.G. Ballard, The Illuminated Man, attendue chez Bloomsbury. Une dernière manière de prolonger le dialogue avec ses maîtres.
On retiendra de lui cette élégance à mêler intelligence, ironie discrète et vraie tendresse pour ses personnages. Christopher Priest n’écrivait pas pour qu’on le croie. Il écrivait pour qu’on doute, et c’est sans doute le plus beau cadeau qu’un auteur puisse faire.
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