
Il y a des voix qu’on reconnaît à la première note. Celle de Charles Aznavour en fait partie, et même des années après sa disparition, ses chansons continuent de tourner partout, des mariages aux radios nostalgie. Petit voyage en dix titres dans l’œuvre d’un monstre du XXe siècle.
On commence forcément par La bohème. Écrite en 1965, c’est l’ode à la jeunesse fauchée et heureuse, à Montmartre, aux ateliers d’artistes. La chanson est devenue un classique absolu, de celles que tout le monde fredonne sans savoir d’où elles viennent.
Emmenez-moi, c’est l’évasion pure. Le rêve du gars des docks qui regarde partir les bateaux vers des pays où le soleil ne se couche pas. Un tube imparable, increvable, qui fait encore se lever les salles.
Hier encore dit l’inverse : le temps qui file, les illusions perdues, l’âge qui vient. Aznavour savait passer de la joie au vertige en trois minutes, c’était sa marque de fabrique.
Et puis il y a Comme ils disent, audacieuse pour 1972, qui raconte avec une tendresse infinie un homme homosexuel, artiste de cabaret, sa solitude et sa dignité. Une chanson qui a fait avancer les regards bien avant que ce soit à la mode.
Je m’voyais déjà, c’est l’autoportrait du raté magnifique, l’artiste qui y croit envers et contre tout. Aznavour, lui, y est arrivé, mais il n’a jamais oublié les années de galère, et ça s’entend.
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Difficile de ne pas citer For me formidable, jeu malicieux entre français et anglais, ou Mes emmerdes, bilan amer et lucide d’une vie de combats. L’homme ne se racontait pas en héros.
Il faut savoir, La mamma, Que c’est triste Venise complètent volontiers le tableau. Le mélodrame assumé, l’émotion frontale, sans filtre ni ironie protectrice.
Ce qui frappe, en réécoutant tout ça d’affilée, c’est l’écriture. Aznavour était d’abord un parolier hors pair, capable de raconter une vie entière en un couplet. La voix, ce timbre cassé qu’on lui a tant reproché à ses débuts, n’a fait que servir des textes ciselés.
Né d’une famille arménienne, longtemps moqué, refusé, il a mis vingt ans à percer avant de devenir une star mondiale, jusqu’aux États-Unis. La revanche du petit qu’on ne prenait pas au sérieux.
Dix chansons ne suffisent pas, évidemment. Mais elles disent l’essentiel : un artisan de la chanson qui a su être populaire sans jamais être facile.
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