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Quand le Washington Post a refusé de choisir son camp

posted by Vincent 30 octobre 2024
Quand le Washington Post a refusé de choisir son camp

C’est une tradition vieille de plusieurs décennies que le Washington Post a balayée en quelques lignes. À dix jours de la présidentielle américaine de 2024, le journal a annoncé qu’il ne soutiendrait aucun candidat. Ni Kamala Harris, ni Donald Trump. Rien. Pour un quotidien qui s’est construit une réputation de vigie de la démocratie, depuis le Watergate jusqu’à son slogan « Democracy Dies in Darkness », le silence avait quelque chose de tonitruant.

La décision n’est pas venue de la rédaction. Elle est venue d’en haut, du propriétaire Jeff Bezos, alors même que le comité éditorial avait, dit-on, préparé un soutien à la candidate démocrate. Cet éditorial n’a jamais vu le jour. Bezos a fini par s’expliquer dans ses propres colonnes : selon lui, les prises de position des journaux ne font que nourrir la défiance et ne convainquent plus personne. Joli plaidoyer, sauf qu’il tombe à un moment où le patron multiplie par ailleurs les intérêts croisés avec Washington.

Côté lecteurs, la sanction a été immédiate. En quelques jours, le Post a vu partir environ 250 000 abonnés numériques, soit une part loin d’être anecdotique de son lectorat payant. Plusieurs éditorialistes ont claqué la porte, et des figures historiques de la maison n’ont pas mâché leurs mots. Difficile de leur donner tort : on ne vend pas du journalisme de contre-pouvoir pendant cinquante ans pour se réfugier dans la neutralité le jour où le contexte se tend.

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Reste l’argument de fond, qui mérite mieux qu’un haussement d’épaules. Un journal doit-il vraiment dire pour qui voter ? Aux États-Unis, l’editorial endorsement fait partie du paysage, mais on peut aussi défendre l’idée qu’une rédaction informe et laisse le lecteur trancher. Le problème, ici, n’est pas tant le principe que le timing et la méthode. Renoncer à une habitude ancienne à la dernière minute, sur décision du propriétaire milliardaire, ça ressemble moins à une position de principe qu’à un calcul.

Et c’est bien ça qui fait mal. Le Washington Post n’a pas seulement renoncé à un éditorial. Il a donné le sentiment qu’un titre de presse pouvait plier dès que souffle le vent du pouvoir. Pour un journal qui a fait trembler une présidence, l’image est cruelle.

L’épisode laisse une question en suspens, et elle dépasse largement les frontières américaines : jusqu’où la presse peut-elle dépendre du bon vouloir de ceux qui la possèdent ? Tant que des quotidiens d’influence appartiennent à des fortunes privées, la réponse risque de rester inconfortable.

Crédit photo : DR

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