
Il y a des livres qui ne finissent jamais de gagner. Le 2 juin dernier, au Palácio de Santos à Lisbonne, La Maison vide de Laurent Mauvignier a décroché le Choix Goncourt du Portugal 2026. Soit, après le vrai Goncourt empoché en novembre, un deuxième sacre pour le même pavé de 744 pages. Et celui-ci a une saveur particulière, parce qu’il n’a pas été remis par un aréopage de critiques parisiens, mais par vingt-trois étudiants de sept universités portugaises qui ont passé des mois à éplucher quatre finalistes.
Kamel Daoud, le lauréat 2024 venu présider la cérémonie, a avoué sa surprise devant « la maturité du jugement des étudiants ». On le comprend : face à Mauvignier, il y avait quand même Emmanuel Carrère et son Kolkhoze, Nathacha Appanah et Caroline Lamarche. Du lourd. Des gamins de fac qui préfèrent 744 pages de saga familiale à du Carrère, voilà qui rassure un peu sur l’époque.
Mais de quoi parle ce roman que vous avez peut-être vu trôner sur toutes les tables de libraires ? D’une maison, justement. En 1976, le père du narrateur rouvre une bâtisse abandonnée depuis des années. Un piano, une Légion d’honneur, des photos lacérées. À partir de ces quelques traces, Mauvignier remonte cent cinquante ans de lignée rurale française, à travers trois femmes : Marie-Ernestine, musicienne empêchée, Marguerite, recluse et humiliée, Jeanne-Marie, matriarche dure comme la pierre.
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C’est un livre sur les silences de famille, sur la violence qui ne laisse pas de bleus mais qui se transmet quand même, de génération en génération. Mauvignier écrit par longues phrases qui s’enroulent, qui reviennent, qui creusent. Pour Thierry Clermont, c’est « l’un des plus grands romans français du XXIe siècle ». Beigbeder, lui, a trouvé ça plombant. Les deux ont raison, en réalité : c’est magnifique et c’est lourd, parfois dans la même page.
Alors soyons honnêtes : si vous cherchez une lecture de plage légère, passez votre chemin. Ce roman demande du temps, de l’attention, et un certain goût pour la mélancolie. Mais si vous acceptez de vous y enfoncer, vous en ressortez secoué, avec le sentiment d’avoir vécu plusieurs vies.
440 000 exemplaires écoulés en quelques mois, deux Goncourt au compteur : pour une fois, le succès et la qualité se sont serré la main. Ça n’arrive pas si souvent.
Crédit photo : Éditions de Minuit





