
Il y a une image, au début, qui ne vous lâche plus. Un corps d’adolescente retrouvé dans le désert saoudien, personne pour la réclamer, un dossier classé en quelques heures. Voilà le point de départ des Silences de Riyad, sorti mercredi dernier en salles, et le premier vrai thriller de Haifaa Al Mansour.
Vous connaissez peut-être la cinéaste sans le savoir. C’est elle qui, en 2012, a signé Wadjda, tout premier long-métrage entièrement tourné en Arabie saoudite, par la première femme réalisatrice du pays. Elle a enchaîné avec The Perfect Candidate. Cette fois elle change de terrain de jeu et troque le drame intimiste contre l’enquête criminelle.
Au centre, il y a Nawal, jeune employée d’un commissariat de Riyad, qui refuse de lâcher l’affaire que tout le monde autour d’elle voudrait voir disparaître. En creusant l’identité de la victime, elle tombe sur des éléments qu’elle n’aurait jamais dû exhumer. Et plus elle avance, plus l’histoire la dépasse.
Sur le papier, c’est un polar classique. Sauf que voilà, ce que filme vraiment Al Mansour, c’est une société coupée en deux. Ultramoderne côté vitrine, argent, gratte-ciel, réformes affichées, et verrouillée dès qu’on touche aux droits des femmes. L’enquête devient le révélateur de tout ce qu’on préfère taire, les silences du titre.
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Ce qui tient le film, c’est Mila Al Zahrani, déjà remarquée dans The Perfect Candidate. Elle joue Nawal tout en retenue, sans jamais forcer le trait, et on la suit sans effort pendant les 101 minutes.
Alors est-ce que c’est parfait ? Non. L’intérêt dramatique passe un cran en dessous de Wadjda, qui reste le sommet de la réalisatrice. Et on sent quelques compromis d’écriture, sans doute la rançon d’un film tourné sur place, dans un cadre où tout ne peut pas se dire frontalement. Le suspense avance parfois avec le frein à main.
Reste un thriller intelligent, qui vous embarque dans une enquête pendant qu’il vous parle d’autre chose. Si vous aimez les polars où le vrai coupable est un système plus qu’un homme, celui-ci est pour vous. Et si vous n’avez jamais vu Wadjda, c’est peut-être l’occasion de remonter le fil d’une cinéaste qui, film après film, continue de montrer ce que son pays préférerait garder hors champ.
Crédit photo : KMBO





