
Après Nature humaine, qui lui avait valu le Femina en 2020, Serge Joncour revient avec Une histoire d’amours, paru le 19 août chez Albin Michel. Presque 400 pages, déjà repérées par le jury du Renaudot qui l’a placé dans sa première sélection. Et pour une fois, l’écrivain range un peu son goût du roman noir et se laisse aller au sentiment.
Le point de départ va parler à pas mal de monde. Franck et Léa, deux quadras parisiens fatigués de la ville, plaquent tout pour s’installer dans un hameau du Morvan. Léa fait des allers-retours vers Paris, Franck reste sur place. Illustrateur en panne d’inspiration, il se prend de fascination pour Kelly, une voisine, et pour un lieu qui l’obsède : la Chapelle des amoureux.
De là, le livre tisse deux fils. Celui de 2024, avec ce trouble naissant entre Franck et Kelly. Et celui de 1824, où l’on découvre l’amour interdit entre Joséphine, une aristocrate, et Rodolphe, un simple officier de santé, contre toutes les convenances et les superstitions de leur époque. Deux siècles, deux histoires d’émancipation qui se répondent.
Ce qui frappe, c’est l’écriture, sensuelle et attentive au paysage. Joncour filme les marais du Morvan comme d’autres filment un visage. La nature n’est pas un décor, elle est un personnage, et l’auteur y glisse une conscience écologique sans jamais faire la leçon. On sent qu’il aime ce coin de France, qu’il l’a arpenté, et ça se transmet.
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Faut-il l’emporter en week-end ? Si vous aimez les romans qui prennent leur temps, qui installent une atmosphère et vous font voyager sans quitter le canapé, c’est franchement le bon client. La construction en deux époques donne du souffle, et la question de fond, aimer quand tout s’y oppose, reste intacte d’un siècle à l’autre.
Par contre, les amateurs de tension et de rebondissements risquent de trouver le rythme un peu lent. C’est un livre qui se déguste plus qu’il ne se dévore, une parenthèse enchantée loin du bruit du monde. Certains y verront une baisse d’intensité après ses thrillers ruraux, d’autres, dont je suis, un Joncour plus apaisé et plus tendre.
Bref, une belle réussite de rentrée, portée par un auteur qui n’a plus rien à prouver et se fait plaisir. À découvrir de préférence un dimanche, une tasse à côté, la pluie contre la vitre.
Crédit photo : Albin Michel





