
Depuis « Nature humaine », son Prix Femina 2020, on avait rangé Serge Joncour du côté des romanciers qui prennent la France rurale au sérieux, avec ses fermes, ses bêtes, ses orages et son époque qui déraille. « Une histoire d’amours » arrive le 19 août chez Albin Michel, 384 pages, 21,90 euros, et le titre annonce déjà la couleur. Cette fois, ce n’est pas le monde qui gronde. C’est le cœur.
Le décor, lui, ne bouge pas beaucoup. On est dans le Morvan, ces collines humides que Joncour connaît par cœur. Franck, illustrateur, s’y installe avec Léa pour fuir la ville. Sauf que le hameau compte déjà un autre couple, Joss et Kelly, et qu’une attirance se met à monter là où il ne faudrait vraiment pas. Franck, de son côté, s’entête sur une drôle de bâtisse, la Chapelle des Amants, dont il veut percer le secret.
Et ce secret nous ramène cent cinquante ans en arrière. Au XIXe siècle, Joséphine, aristocrate fiévreuse des Terres d’eau, tombe amoureuse de Rodolphe, un modeste officier de santé. Tout les sépare : la naissance, l’argent, les convenances. Autour d’eux, un monde encore miné par les superstitions et la malaria, où aimer la mauvaise personne peut vous coûter très cher.
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Joncour fait donc dialoguer deux amours à un siècle et demi de distance, et c’est là que le roman est malin. Les deux récits se répondent, se contaminent, et on comprend vite que la question posée reste la même d’un bout à l’autre : jusqu’où va-t-on quand on aime quelqu’un qu’on ne devrait pas ?
Alors oui, c’est romanesque, parfois franchement sentimental, et les allergiques aux longues descriptions de paysages, de pluie et de forêts trouveront la chose un peu appuyée. Mais bon, c’est justement ce que Joncour fait mieux que personne : rendre un coin de campagne aussi vivant qu’un personnage.
Ce qui frappe, c’est la douceur. Après des livres où la nature humaine finissait toujours par cogner, il signe ici une parenthèse presque apaisée, une histoire qui prend son temps et assume de croire encore à l’amour. Pour qui cherche à s’installer dans un gros roman d’été prolongé, sensuel et un peu hors du temps, c’est une très belle pioche. Et si l’amour était vraiment la façon la plus tenace d’habiter le monde ? Joncour, visiblement, en est convaincu.
Crédit photo : Albin Michel





