
On l’attendait au tournant, et elle a choisi de tout déplacer. Le 12 juin, Olivia Rodrigo a sorti son troisième album au titre fleuve, « You Seem Pretty Sad for a Girl So in Love ». Treize titres, une cinquantaine de minutes, et un virage que personne n’avait vraiment anticipé.
Souvenez-vous : « Sour » puis « Guts », c’était la rage adolescente, la guitare qui crache, les ruptures hurlées à pleins poumons. Là, elle range une partie de l’électricité au placard. Direction les années 80, la dream pop cotonneuse, les synthés scintillants, ce brouillard sonore hérité du shoegaze. Enregistré en partie pendant son séjour londonien, l’album respire autre chose. Elle le dit elle-même : c’est son disque le plus expérimental.
Le geste le plus parlant, c’est la présence de Robert Smith. Oui, le Robert Smith de The Cure, eyeliner et mélancolie comprises. Il pose sa voix sur « What’s Wrong with Me », une chanson baroque sur cette idée vertigineuse : et si la personne qu’on aime était précisément la source de notre tristesse ? C’est la première fois qu’un autre artiste apparaît sur un album studio de Rodrigo, et le choix n’a rien d’anodin. À 23 ans, elle invite l’un des parrains du spleen pop. Le passage de témoin se fait sans révérence forcée, juste deux générations qui se reconnaissent.
L’album se lit en deux temps. La première moitié raconte l’élan amoureux, la deuxième la chute. Du frisson du début jusqu’au constat un peu amer, le récit suit l’arc complet d’une histoire. Le titre, ironique, dit déjà tout : pourquoi avoir l’air si triste quand on est censée nager dans le bonheur ?
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Côté accueil, la presse a quasiment fait carton plein. Les critiques saluent une vraie montée en maturité, une écriture toujours aussi intime mais moins frontale, plus rêveuse. C’est aussi son disque le plus dispersé musicalement, et c’est justement ce qui le rend attachant. On sent une artiste qui s’autorise à se tromper, à bifurquer, à ne pas refaire le coup d’avant.
Tout n’est pas parfait, et quelques titres se ressemblent dans cette brume synthétique. Mais l’ensemble tient debout et donne envie d’y revenir.
Si vous aimiez la Rodrigo nerveuse, le choc sera réel. Si vous cherchez un album d’été doux-amer, à écouter au casque en fin de journée, celui-ci tombe pile. Et il confirme qu’elle n’a aucune intention de se répéter.
Crédit photo : Geffen Records





