
Il y a des films qui tiennent sur vingt minutes et qui vous restent bien plus longtemps que ça. « There Is No Friend’s House » en fait partie.
Ce court métrage du réalisateur Abbas Taheri suit Sara et Mehri, deux lycéennes iraniennes qui décident de relever un défi particulièrement risqué. Leur situation est doublement compliquée : elles sont jeunes, elles sont femmes, et leurs familles respectives sont aux antipodes l’une de l’autre dans leurs valeurs et leurs attentes.
Taheri n’est pas un cinéaste qui cherche à expliquer ou à convaincre. Il filme ses personnages avec une proximité qui rend les enjeux immédiatement lisibles, sans jamais alourdir la mise en scène d’un message trop ostensible. Le résultat est un film tendu, ancré dans une réalité sociale que le spectateur occidental devine parfois mais ne connaît pas vraiment.
Le film a été produit en 2023, avec le soutien du CNC et de France 2. Ce n’est pas anodin : des films iraniens arrivent jusqu’aux écrans français par des voies souvent compliquées, et le financement franco-iranien reste une configuration rare.
À Clermont-Ferrand, le festival international du court métrage lui a décerné le Prix étudiant national. Ce n’est pas le Grand Prix, mais c’est souvent le prix qui révèle les films les plus honnêtes, les plus directs, ceux que les futurs professionnels du cinéma ont choisi de distinguer pour des raisons qui tiennent à la substance plutôt qu’à la technique.
La distribution internationale a suivi. IndieLisboa lui a remis le prix Amnesty International, les Percéides lui ont accordé leur meilleur court métrage international. Le film de Percéides semble cheminer depuis sa création sur les circuits des festivals de droits humains, ce qui dit beaucoup sur ce qu’il porte.
Les actrices, Hamideh Safari et Melika Pazoki en tête, portent le film avec une précision remarquable. Ce type de performance dans le court métrage est souvent sous-estimé, parce que le format contraint chaque geste à compter double.
Si le cinéma iranien contemporain vous est peu familier, ce film est une entrée raisonnable. Pas les plus accessibles de prime abord, mais il ne demande pas non plus d’être cinéphile averti pour le suivre.
Il circule dans les festivals, parfois en ligne. La Télérama l’avait repéré et proposé en visionnage gratuit. C’est le genre de film qu’on peut chercher, et qui vaut le coup d’être trouvé.
Crédit photo : DR
Pour aller plus loin sur la révolte des femmes iraniennes, ce livre de reportage est l’un des plus solides parus sur le sujet.
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