Culture

Mylène Farmer au Stade de France : la grand-messe gothique

posted by Vincent 30 septembre 2024
Mylène Farmer au Stade de France : la grand-messe gothique

Mylène Farmer a refermé sa tournée Nevermore au Stade de France, et autant le dire tout de suite : ceux qui attendaient un grand show l’ont eu. Devant 80 000 personnes par soir, la chanteuse a livré un spectacle taillé pour démesurer, entre rock gothique et atmosphère tout droit sortie d’un film d’Hitchcock.

Le décor donne le ton. Un immense logo lumineux Nevermore qui domine la scène, deux corbeaux gonflables géants, une scène en forme de croix qui s’avance loin dans la fosse. Le corbeau, clin d’œil au poème de Poe, devient le fil rouge visuel de toute la soirée. On est chez Mylène Farmer, autant dire dans un univers à part.

Ce qui frappe d’abord, c’est l’ampleur. Pyrotechnie, écrans démesurés, changements de costumes, chorégraphies millimétrées : la chanteuse joue dans la cour des plus grandes productions américaines, et elle assume. Chez elle, le concert n’est pas un récital, c’est une cérémonie.

Le répertoire, lui, fait le grand écart entre les tubes que tout le monde reprend en chœur et les titres plus sombres de L’Emprise, son douzième album studio, qui donnait son cap à la tournée. Désenchantée, Pourvu qu’elles soient douces, California : la salle ne demande qu’à chanter, et elle chante.

Reste l’éternelle question, celle qui revient à chaque tournée : la voix. Sur scène, Mylène Farmer en livre peu et joue beaucoup sur l’image, le mystère, la présence. Ses détracteurs y voient un tour de passe-passe. Ses fans, eux, n’en ont cure : ils viennent vivre une expérience, pas passer un examen de chant.

L'Emprise, de Mylène Farmer

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Et c’est peut-être là tout le génie de l’affaire. Depuis quarante ans, Mylène Farmer cultive le rare. Peu d’interviews, peu d’apparitions, une distance entretenue avec soin. Du coup, chaque tournée devient un événement, et remplir le Stade de France plusieurs soirs de suite, à son âge et après tant d’années de carrière, force le respect.

Le Nevermore, ce sont quatorze concerts au total, jusqu’à cette ultime date parisienne. Une sortie en beauté, dans un déluge d’effets et de noir.

On peut trouver ça too much, trop calculé, trop produit. On peut aussi reconnaître qu’il existe peu d’artistes francophones capables de tenir un tel format, avec cette cohérence esthétique tenue d’un bout à l’autre.

Les fans, eux, sont repartis comblés. Pour les autres, ça restera ce drôle d’objet pop français : une chanteuse qu’on ne voit jamais et qui, l’espace d’un soir, remplit le plus grand stade du pays.

Crédit photo : DR

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