
Il y a des films qui vous mettent face à vos petites lâchetés sans jamais hausser le ton. Les Barbares, sorti en septembre 2024, fait partie de ceux-là.
Le point de départ a tout du quiproquo de théâtre de boulevard. Dans le village breton de Paimpont, on s’apprête à accueillir avec un enthousiasme tout neuf une famille de réfugiés ukrainiens. Sauf qu’au dernier moment, la préfecture annonce qu’il n’y a plus d’Ukrainiens disponibles, et qu’on enverra à la place une famille syrienne.
Et là, tout le beau vernis humaniste se met à craquer.
Julie Delpy, qui réalise, coécrit et joue, a expliqué avoir voulu raconter la crise migratoire à hauteur de microcosme. Le pari est malin : en réduisant le débat planétaire à l’échelle d’un bourg, elle rend visibles des réflexes qu’on préférerait ne pas s’avouer.
Car l’accueil, sur le papier, tout le monde est pour. Le problème commence quand le réfugié n’a pas la bonne nationalité, la bonne religion, la bonne couleur d’inquiétude médiatique.
Le casting fait beaucoup pour la justesse de l’ensemble. Sandrine Kiberlain campe l’institutrice militante, Laurent Lafitte le voisin franchement réticent, et India Hair complète un trio qui sonne vrai. Personne n’est tout à fait odieux, personne n’est tout à fait héroïque. C’est précisément ce qui dérange.
Faut-il le ranger du côté de la comédie ou de la fable sociale ? Les deux, sans doute, et c’est là que les avis se divisent. Certains y verront une mécanique un peu trop sage, un humanisme gentil qui n’égratigne jamais assez fort. D’autres, dont je suis plutôt, apprécieront que Delpy refuse la caricature et laisse à chacun de ses villageois une part de raison, même mauvaise.
Pour vous faire votre propre avis, le film de Julie Delpy est disponible chez vous :
Les Barbares → voir sur Amazon
Lien affilié Amazon. En tant que Partenaire Amazon, je réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.
Le film est drôle, vraiment, mais d’un rire qui reste en travers de la gorge. On rit des autres, puis on se demande si on n’aurait pas réagi pareil.
C’est sa grande qualité et sa limite. À force de vouloir ménager tout le monde, Les Barbares évite la radicalité qui en aurait fait un grand film de colère. Delpy préfère la nuance à la gifle.
Mais cette nuance a du sens. Elle dit que le racisme ordinaire n’a pas le visage d’un monstre, qu’il se loge dans des gens charmants, dans des conversations de comptoir, dans des « moi je ne suis pas raciste, mais ».
On en ressort un peu mal à l’aise, ce qui pour une comédie tient presque de l’exploit. Ce n’est pas le film qui changera votre regard sur l’accueil des étrangers du jour au lendemain. C’est plutôt celui qui vous oblige à regarder le vôtre.
Et puis il y a cette idée simple, presque enfantine, qui traverse tout le récit : les barbares, ce ne sont jamais ceux qu’on croit.
À voir, donc, sans en attendre une révolution formelle. Mais pour ce qu’il dit de nous, de nos générosités à éclipses et de nos peurs recuites, Les Barbares mérite largement le détour.
Crédit photo : DR





