
On connaît Dalí, Magritte, Ernst. On a longtemps oublié Leonora Carrington, comme si le surréalisme avait été un club d’hommes où les femmes servaient surtout de muses. Le Musée du Luxembourg corrige le tir avec la première grande rétrospective française qui lui est consacrée, et il était temps.
126 œuvres, du 18 février au 19 juillet 2026. C’est beaucoup, et pourtant ça passe vite, parce qu’on a envie de rester planté devant chaque toile à essayer de comprendre ce qui s’y trame.
Carrington, c’est d’abord une vie de roman. Fille de la grande bourgeoisie anglaise, elle plaque tout à vingt ans pour suivre Max Ernst, fuit la guerre, s’effondre dans un asile espagnol, puis renaît au Mexique où elle passera le plus clair de son existence. Elle est morte en 2011, à 94 ans, devenue là-bas une véritable figure culte.
Sa peinture ressemble à ses rêves : des créatures hybrides, mi-femmes mi-bêtes, des chevaux blancs qui surgissent on ne sait d’où, des scènes qui sentent l’alchimie, les contes celtiques et la sorcellerie. C’est étrange, parfois inquiétant, jamais gratuit. Là où certains surréalistes jouaient la provocation, elle construisait un monde cohérent, peuplé de symboles qu’elle prenait très au sérieux.
Envie de prolonger l’expo à la maison ? Plongez dans son roman le plus déjanté, où une vieille dame sourde déjoue les complots de sa famille.
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Ce qui frappe dans l’expo, c’est le parcours. On part de l’Europe des années 30, on traverse l’exil, et on débarque dans le Mexique flamboyant où sa palette s’enflamme. Plus on avance dans les salles, plus c’est onirique, dense, foisonnant. On finit un peu sonné, et c’est exactement l’effet recherché.
Petite réserve honnête : si vous détestez qu’on vous laisse sans mode d’emploi, vous risquez de tourner en rond. Carrington ne livre pas ses clés facilement, et le musée n’a pas voulu tout sur-expliquer. Mieux vaut l’accepter et se laisser porter plutôt que de chercher à tout décoder.
Pour le reste, c’est une réussite. On ressort avec l’impression d’avoir rencontré quelqu’un, pas seulement vu des tableaux. Et avec cette petite colère utile : pourquoi a-t-il fallu attendre 2026 pour qu’elle ait, en France, l’exposition qu’elle méritait depuis longtemps ?
Comptez 14 euros, un peu moins en tarif réduit, et prévoyez du temps. C’est le genre de visite dont on reparle au dîner.
Crédit photo : Illustration générée par IA





