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« Vernon Subutex » sur Canal+, un pari risqué mais réussi

Posté par Marie 10 avril 2019 0 commentaire

Une série de Cathy Verney (2019) avec Romain Duris, Fishback, Céline Sallette, Philippe Rebot…

Après l’immense succès national de la trilogie romanesque, la saga Vernon Subutex a débarqué sur petit écran ce lundi à 21h, sur Canal+. Beaucoup d’adeptes de la création de Virginie Despentes, dont je fais partie, se sont précipité.e.s à la découverte de cette adaptation tant attendue.

Renouveau fantasmé de la série française oblige, cela faisait plusieurs mois que Canal+ nous matraquait de publicités. Sur Youtube, dans la rue et dans les gares, Vernon Subutex était partout et venait nous rappeler chaque jour son retour imminent dans nos vies. Autant vous dire que j’y allais donc un peu à reculons, par crainte de me trouver face à une série sur-produite et reposant entièrement sur son casting.

La grande force de la saga repose évidemment sur son  personnage éponyme, le mystérieux Vernon que tou.te.s semblent admirer et rejeter à la fois. Cependant, la galerie de personnage venant soutenir la trame narrative de Subutex, voire parfois l’effacer complètement au profit de narrations parallèles passionnantes, est tout aussi importante que le personnage principal et joue un rôle primordial dans la qualité de la narration de Despentes. En utilisant un point de vue polyphonique dans ses romans, c’est-à-dire en variant les narrateurs / narratrices d’un chapitre à un autre, elle apporte une grande richesse à son intrigue pseudo-policière et fait grandir le mythe autour du fantasmé Subutex. Cependant, la série télévisée se focalise quasi-exclusivement sur l’itinéraire de Subutex (dans les six premiers épisodes, du moins) et n’accorde quasi aucune voix aux personnages secondaires, à part quelques scènes volées pour La Hyène et Anaïs. Et que c’est dommage ! L’adaptation passe donc à côté d’un grand nombre de subtilités narratives et adopte un scénario on ne peut plus classique. Il me paraît utile de préciser ici que Despentes n’a absolument pas participé à l’écriture du scénario pour Canal + . Si cela avait été le cas, elle aurait sans aucun doute pris soin d’intégrer un panel plus vaste de narrations.

Cette importance écrasante du personnage de Subutex aurait pu être pénible si son interprète avait été moins doué. Cependant, Romain Duris nous livre une si belle prestation qu’il crève l’écran jusqu’à faire de l’ombre à ses collègues tout aussi excellent.e.s . Ce choix de casting m’avait déçue, car je n’étais pas une grande fan de Duris, puis m’a paru tout à fait sensé : il s’agit d’un acteur de qualité, qui bénéficie d’assez de popularité pour attirer des spectateurs et spectatrices, et qui sait bien incarner le charme à la bad boy français. Cependant, j’étais loin d’imaginer qu’une si belle surprise nous attendait au tournant ! Notons également les belles performances de la chanteuse Fishback et de Céline Sallette (son interprétation de La Hyène a moins de mordant que son alter ego romanesque, mais elle demeure jouissive d’acidité).

Un grand nombre d’éléments de l’écriture de Despentes ont été lissés dans cette adaptation. Il est certes difficile de rendre compte avec précision de sa tonalité acerbe, cependant il aurait été facile de loger, dans le scenario, la critique vive de la société parisienne dépeinte par la romancière ; il est sans aucun doute difficile pour une chaîne telle que Canal+ de présenter une réflexion sur notre société de consommation sans paraître immédiatement hypocrite, mais cette version « polie » de Vernon Subutex dérobe une partie de son charme à la saga.

Adapter Vernon Subutex sur petit écran était un pari risqué mais dont le résultat est de bonne qualité. Certes, le troncage de plusieurs personnages et le polissage de la tonalité ont porté atteinte à ce qui en faisait une œuvre si singulière, mais la qualité des jeux d’acteurs et la justesse de l’adaptation sauvent le navire et transforment ces 9 épisodes en un agréable – et sage – moment de télévision. J’espère avec ardeur que la publicité dont bénéficie cette adaptation conduira de nombreu.x.ses téléspectateurs et téléspectatrices vers la trilogie romanesque ! Mais aussi que ses producteurs resteront fermes sur leur sage décision de ne pas adapter au-delà du second tome et de laisser à celles et ceux n’ayant pas eu cette chance la possibilité de le découvrir dans toute sa splendeur romanesque.

N . B : Armez vous de votre smartphone et de Shazam ! Comme dans les romans, la musique occupe une place centrale dans la série. La B.O est tout simplement excellente, irréprochable, si bien qu’on se demande si ce n’est finalement pas le rock, le personnage principal de Vernon Subutex

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