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Au Canard enchaîné, un procès qui déchire la famille

posted by Vincent 12 juillet 2025
Au Canard enchaîné, un procès qui déchire la famille

Le Canard enchaîné aime débusquer les emplois fictifs des autres. Le voilà rattrapé par une affaire du même tonneau, et le spectacle est cruel.

Au cœur du dossier : Édith Vandendaele, payée pendant des années comme journaliste par l’hebdomadaire satirique. Sauf que, selon l’accusation, son vrai travail consistait surtout à seconder son compagnon, le dessinateur André Escaro, pour qu’il livre ses fameux cabochons. Un salaire en échange d’un emploi qui n’en était pas vraiment un, voilà ce que la justice a eu à trancher.

À la barre, elle ne décolère pas. Ce qu’on lui reproche, elle le juge révoltant, humiliant et injuste. On la comprend humainement, mais le ministère public, lui, a vu dans le dossier une accumulation d’indices convergents et une activité bien trop floue pour justifier la fiche de paie.

Les anciens dirigeants, Nicolas Brimo et Michel Gaillard, ont maintenu leur version contre vents et marées : Édith Vandendaele travaillait réellement. Le parquet n’a pas été convaincu et a requis de lourdes amendes, jusqu’à 150 000 euros pour certains prévenus.

Ce qui rend l’affaire si savoureuse, et si triste à la fois, c’est qui l’a révélée. Le lanceur d’alerte n’est pas un ennemi extérieur du journal, mais l’un des siens : Christophe Nobili, le journaliste qui avait sorti l’affaire des emplois fictifs de Pénélope Fillon. En enquêtant cette fois dans sa propre maison, il a déclenché une guerre civile interne.

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Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Un siècle d’indépendance et de fierté, et soudain la rédaction se fracture, les clans se forment, les rancunes explosent. Le journal qui se vantait de n’avoir de comptes à rendre à personne se retrouve à les rendre devant un tribunal.

Il y a là quelque chose de profondément dérangeant pour qui aime cette presse-là. Le Canard reste un monument de la liberté de ton, un poil à gratter indispensable dans un paysage médiatique souvent tiède. Le voir trébucher sur exactement le genre de combine qu’il dénonce chaque mercredi, ça pique.

Faut-il pour autant lui jeter la pierre ? Un journal n’est pas un bloc monolithique, c’est une bande d’humains avec leurs arrangements et leurs zones grises. L’affaire dit surtout qu’aucune rédaction, même la plus vertueuse en apparence, n’est à l’abri de ses propres petites cuisines.

Reste une question qui dépasse le cas du Canard : peut-on encore donner des leçons quand on traîne ce genre de casserole ? La satire vit de sa crédibilité. Une partie de celle de l’hebdomadaire s’est jouée dans cette salle d’audience, bien au-delà du montant des amendes.

On attend la suite avec un mélange de curiosité et de gêne. Comme quand on assiste à une dispute de famille dont on aurait préféré ne rien savoir.

Crédit photo : DR

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