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Une autre vision de la déprogrammation de Polanski à Poitiers

Posté par Maxima 2 décembre 2019 0 commentaire

Une tribune de Samy

Le lundi 25 novembre, à l’initiative de Pictaviennes indignées par le passage du film « J‘accuse » de Roman Polanski en plein centre ville de Poitiers, une vingtaine de militantEs s’est réunie devant le cinéma du centre ville.

En cause, les militantEs dénoncent le fait que Polanski ait été jugé et condamné aux USA pour viol sur mineur. Sa peine ? Au final, sa notoriété et son argent lui ont permis de n’écouler que 42 jours de prison, avant de s’enfuir en France où il est libre de ses mouvements, avec une complaisance des pouvoirs publics pour ses crimes pédo criminels (ce qui est, il faut le dire, une caractéristique de l’État français, à l’instar de la situation de Frédéric Mitterrand). En outre, Polanski est accusé d’avoir commis des viols sur plusieurs autres mineur·e·s durant de nombreuses années.

Les militantEs de Poitiers ont donc décidé de bloquer l’entrée du cinéma le TAP Castille afin d’empêcher la séance d’avoir lieu, et donc à l’industrie du cinéma et à Polanski de se faire de l’argent alors même que la peine de ce dernier n’a pas été exécutée. Il s’agissait également de mettre en lumière la complaisance du cinéma avec ces crimes au nom de « l’œuvre à séparer de l’artiste » qui lui permet de se pavaner sur les tapis rouge quand ses victimes ne se reconstruiront probablement jamais.

En arrivant, si les militantEs pensaient tomber sur une direction du cinéma très en colère contre l’initiative de bloquer l’entrée et de distribuer des tracts expliquant les positions anti-Polanski, au final, l’équipe a (plutôt) bien accueilli la venue des militantEs, cherchant la discussion.

Finalement, la violence est rapidement arrivée du côté des potentiels spectateurs du film. On sent que nous sommes au centre-ville de Poitiers : les personnes qui vont voir le film sont des bourgeoisEs dont la moyenne d’âge dépassait les 60 ans, toujours en couple. Et il faut bien dire que c’est cette population qui s’est permise de nombreuses violences verbales et physiques sur les militantEs.

Les arguments avancés par les pro Polanski étaient principalement les suivants :

  • Chaque conversation commence naturellement avec la nécessité de séparer l’homme de l’artiste. Alors, non, on ne sépare pas l’homme du boulanger quand il a commis un viol pédophile, au contraire, il y a fort à parier qu’il se ferait lyncher par le quartier. Eh bien il en va de même pour les artistes, aussi talentueux que soit leur art. Et puis, juste au cas où pour les amateurices de Polanski de l’extrême qui souhaitent à tout prix séparer l’homme de l’artiste, petit tip : quand tu veux aller voir au cinéma une grosse enflure, prends plutôt un ticket pour une autre séance, puis glisse toi subtilement dans la salle de ton porc préféré : ainsi, le cinéma ne perd pas d’argent, et tu soutiens un film qui, même si tu t’en fous, n’a pas été fait par un criminel.
  • S’ensuit l’argument de la liberté individuelle de chacunE d’aller voir le film. Encore une fois NON. La liberté individuelle est un concept qui permet à chacunE de pouvoir jouir d’un droit de manière personnelle. Cependant, l’invocation de cette liberté individuelle est inopérante en l’espèce, parce que cette liberté individuelle s’efface face aux crimes commis par leur auteur Polanski. Il ne s’agit donc pas de la liberté individuelle des spectateurices qui est ici en cause, mais bien la remise en question par les militantEs de l’action, ou plutôt l’inaction des pouvoirs publics face à la mise en œuvre d’une décision de justice passée en force de chose jugée.
  • Plusieurs pro Polanski ont aussi argué que les militantEs étaient en réalité des antisémites déguisées en des féministes. Plusieurs militantEs ont été injuriéEs de « nazies ». Je ne sais même pas si il y a vraiment besoin de répondre à cet argument … Il semblerait que pour ces personnes, le fait que Polanski soit un violeur pédophile ne soit pas un argument suffisant pour justifier de la colère de milliers de personnes en France. Cet argument est un homme de paille, destiné à détourner l’attention vers un autre problème, inexistant ici.
  • Enfin, et c’était l’argument le plus récurrent : il n’a pas été jugé coupable, les militantEs n’ont pas le droit de faire la justice elle même. De cela rien ne tient : Polanski a été jugé coupable par la cour supérieure de Los Angeles aux États Unis pour rapports sexuels illégaux avec une mineure. Après 42 jours de prison seulement, il est relâché, et s’enfuit en France avant que son jugement ne devienne définitif. La France refuse cependant l’extradition aux Etats-Unis pour ses ressortissants Français (Polanski ayant la double nationalité). Il est actuellement toujours officiellement recherché par Interpol et n’est libre de circulation qu’en France, Pologne et Suisse.

Finalement, de nombreuxEs boomers, après que le ton soit monté, ont décidé de bousculer, de pousser, voir des frapper certaines des militantEs, notamment au motif de « vouloir absolument soutenir un violeur ». Finalement, personne n’a été blessé. Suite à cela, la police est intervenue pour faire rentrer quelques spectateurices. Malgré les demandes de retirer le film de la programmation du cinéma de la part des militantEs, la direction du cinéma refuse d’y donner suite, et annonce que le film sera maintenu si suffisamment de spectateurices réussissaient à rentrer dans la salle.

Le lendemain finalement, le TAP annonce qu’il retire entièrement le film en question de sa programmation, faisant suite à des débats houleux qu’iels auraient eu en interne. On peut donc en conclure que ces blocages n’ont pas qu’une portée symbolique, et ont entraîné, en une soirée, l’annulation d’une semaine minimum de programmation du film, et la colère de nombreux défenseurs du viol et de la pédophilie.

FortEs de ce succès, les militantEs ont donc décidé de continuer les actions et de se rendre aux cinémas alentours de Poitiers afin de faire annuler la programmation dans les autres cinémas. Des blocages ont lieu tous les soirs ou presque à Fontaine le Comte et Buxerolles (dans les CGR), et les militantEs déjà présentes ne sont pas en nombre suffisant pour bloquer de manière aussi efficace qu’au TAP Castille qui est un petit cinéma de centre ville. Si jamais t’es intéresséE pour rejoindre le mouvement, il est possible de contacter la page Facebook « collectif la FOUF », qui fait le relais avec les militantEs à l’origine du mouvement !

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