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Les intersexes, victimes du genre [1/2]

Posté par Loupche 16 janvier 2019 0 commentaire

Le genre, tu peux le définir comme des lunettes que tu mets sur ton nez pour diviser la société en deux groupes opposés et hiérarchisés : les hommes et les femmes. Avec ces lunettes, il n’existe que ces deux groupes et rien d’autre. A la naissance, on te met ces lunettes de force, elles sont invisibles mais elles pèsent lourd sur la tête, la tienne ou celle des autres. Et les enlever, ce n’est pas une partie de plaisir. 

Dans cet article en deux parties, je veux te parler de personnes que nos lunettes ne veulent pas voir, les intersexes, et montrer pourquoi leur situation prouve une fois de plus que les sexes sont sociaux avant d’être biologiques. 

L’intersexuation, c’est quoi ? 

Une personne intersexuée naît avec des caractéristiques difficiles ou impossibles à classifier dans le cadre binaire homme/femme. Cela peut être visible dès la naissance ou se révéler plus tard, et implique souvent la stérilité. Chaque personne intersexuée est unique, mais voici différents exemples : 

  • avoir des organes génitaux féminins mais pas d’utérus et des chromosomes XY
  • avoir de la poitrine et des testicules 
  • avoir la voix grave et un utérus
  • avoir un utérus et des testicules
  • etc.

Attention, « intersexe » ne veut pas dire « transgenre » ! 

La transidentité est bien une question d’identité, tandis que l’intersexuation renvoie aux caractéristiques biologiques, physiques. 

Pour simplifier, les personnes transgenres doivent souvent se battre pour obtenir les opérations chirurgicales dont elles ont besoin, tandis que les personnes intersexes doivent, en grande majorité, se battre contre des opérations pour lesquelles elles ne sont pas consentantes.

Combien d’intersexes dans le monde ? 

Il est très difficile de définir le pourcentage de la population qui serait concernée par l’intersexuation, puisque les personnes intègrent le fait qu’elles doivent se cacher, ou alors sont opérées dès la naissance, parfois sans consulter les parents, ce qui met un frein à l’évaluation du pourcentage. Ainsi, l’ONU estime à 1,7% la population intersexe, la plupart des auteur.e.s s’accordent entre 1% et 2%, tandis que certaines associations intersexes considèrent que le pourcentage est beaucoup plus élevé mais qu’il reste inconnu car occulté par le corps médical. 

Un manque terrible de reconnaissance 

En France, il n’existe pas de troisième voie, on ne reconnaît rien d’autre que le sexe féminin ou masculin. En 2016, l’ONU a condamné trois fois la France pour des opérations (ou mutilations) sur des bébés dans le but de leur attribuer un sexe féminin ou masculin. En Europe, il n’y a que quelques pays (dont l’Allemagne et le Portugal) qui acceptent la mention « sexe neutre » sur les certificats de naissance. 

La barbarie de la « chirurgie d’assignation »

L’intersexuation continue d’être vue comme une anomalie qu’il est nécessaire de corriger. Le corps médical français qualifie encore cela de « malformation à normaliser ». Au moins 1% à 2% d’enfants ont donc leurs parties génitales « corrigées » à la naissance en fonction de la décision des médecins quant à leur « vrai » sexe. Sauf que les critères n’ont rien d’objectif.

Pour une femelle génétique (donc chromosomes XX), les médecins vont prendre en considération les capacités reproductives, alors que pour les mâles génétiques (XY), on prend en compte la taille du pénis, évaluée en fonction de la sociabilité masculine. C’est là que ça se corse. En effet, un organe génital à la naissance mesurant de 2,9 à 4,5 centimètres permet de « déterminer » un mâle, alors qu’un organe de moins d’1,5 centimètre nécessite d’opérer pour que cela devienne un clitoris. Un organe situé entre 1,5 et 2 centimètres sera renvoyé à d’autres critères de détermination (est-ce qu’il peut faire pipi debout et pénétrer ou pas). Les gonades (testicules et ovaires) et les chromosomes n’ont donc plus grand-chose à voir là-dedans. 

Ces opérations de correction sont bien des violences et des mutilations répétées sur les corps pour les conformer à une norme sociale binaire. 

Prenons l’exemple de Saifa, qui témoigne pour Buzzfeed. Saifa avait un utérus et des testicules à la naissance et se considère comme homme. Le corps médical a refusé arbitrairement l’assignation de genre que Saifa ressentait, et on lui a retiré ses testicules à 13 ans, sous prétexte qu’il y avait des risques de cancer (un chirurgien dit bien dans cette vidéo qu’il n’a jamais rencontré de cas où la santé physique de l’enfant était en danger). Ainsi, ces opérations de « normalisation » se font souvent sans raison médicale, et il est parfois ouvertement assumé que la chirurgie ne se fait que pour changer l’apparence de l’appareil génital et assigner un sexe précis. 

La seule solution disponible : la communauté

Témoigner et se retrouver, c’est ce qui donne de la force à la communauté intersexe après des années d’opérations sans consentement qui laissent parfois des corps affaiblis et souvent des esprits profondément marqués. Notons par exemple cette injonction d’un médecin dite à Audrey : « As-tu de la poitrine ? Montre-moi ! ». Audrey, à qui les médecins rabâchaient qu’elle était « une fille normale » avec la seule particularité qu’elle était stérile et qu’on devait l’opérer, ressent toujours un fort sentiment d’illégitimité à se dire « intersexe ». Elle n’est pas seule, comme le montre tous les témoignages disponibles sur YouTube. Ces personnes se voient répéter pendant des années qu’elles sont des hommes normaux ou des femmes normales, avec une malformation. Evidemment, la réalité est bien plus complexe, que ce soit pour les questions d’identité de chacun.e ou même pour les chromosomes qui ne sont, malheureusement pour cet ordre social barbare, pas opérables, ou encore au vu des cures d’hormones qui sont souvent de mise. 

En bref, un fort sentiment de dépossession de leur corps traverse la communauté intersexe, dont les individus refusent que leur corps ne soit qu’un « sujet médical intéressant » qu’il faut « normaliser ». 

Avant de lire la seconde partie de cet article, je t’invite vivement à regarder ce reportage sur la vie de Vincent Guillot, activiste intersexe. Ces 24 minutes ouvrent les yeux sur beaucoup de choses. Par exemple, si tu te dis que ces opérations sont sûrement pour des questions de santé et que les bébés qu’on opère doivent être en danger sinon, REGARDE cette vidéo. Oui oui, en majuscules. 

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