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« Crépuscule »: D’où vient le produit Macron?

Posté par Maxima 18 janvier 2019 0 commentaire

Juan Branco, dans une interview pour Thinkerview

Candidat aux législatives de 2017 sous les couleurs de la France Insoumise, avocat français de Julien Assange, penseur et intellectuel, Juan Branco est une des nouvelles et jeunes figures de la gauche radicale.

Pour rappel, Julien Assange est le fondateur / rédacteur en chef de Wikileaks et sous le feu de divers mandats d’arrêts internationaux, il est aujourd’hui – dans l’indifférence totale des grands dirigeants mondiaux ventant pourtant à tour de bras la liberté de la presse – coincé dans l’ambassade d’Equateur londonienne depuis 2012.

Ayant côtoyé de près les élites, comme élève dans les grandes écoles parisiennes, puis côtoyé de près le pouvoir, comme conseiller au ministère des affaires étrangères, le parcours de Juan Branco nous apporte une nouvelle clé de lecture d’un système endogame.

Dans son dernier ouvrage Crépuscule, il dépeint d’un cynisme factuel et atterrant le monde politique, à travers l’exemple de la macronie. Petite précision, pour le moment le ‘livre’ n’a pas trouvé d’éditeur et circule donc en version PDF sur internet. A vous de faire chauffer l’imprimante du boulot.

La lecture est laborieuse tant elle est factuelle et redondante. N’attendez pas la mallette de billets ou le scoop parfaitement mis en scène relatant un appel de tel PDG quémandant la suppression de l’ISF en échange d’une couverture médiatique. La réalité est plus sourde, plus indigeste. Le grand nombre de personnages rend la lecture pénible (et en fait si peu de personnages tant que ces petites dizaines se partageront le pouvoir à eux seuls). Les liens entre ces différents protagonistes se traduisent systématiquement par la défense des mêmes intérêts de classe et chaque acteur n’apparaît finalement que comme l’aboutissement d’une longue construction sociale parfaitement calibrée.

L’analyse de ce microcosme se prête totalement à une interprétation bourdieusienne où capital culturel, économique, social et symbolique se cumulent et expliquent la constitution d’un véritable réseau social.

Pourtant convaincus d’être le fruit d’une méritocratie républicaine, ces jeunes héritiers-nouveaux dominants, en fréquentant les mêmes écoles, les mêmes quartiers, formés à l’entre-soi servent finalement de parfait contre-exemple à l’idée même du mérite.


Alors que le peuple bruisse, achevons cette fable par cette simple affirmation : ces êtres ne sont pas corrompus car ils sont la corruption.

Crépuscule, Juan Branco, 2018

La lecture est lente et parfois anecdotique mais elle montre, par sa factualité et sa répétition, comment une gigantesque accumulation de corrélations (histoires d’amour, amitié, anecdote scolaire, repas avec Xavier Niel, …) finit par devenir une causalité sourde mais évidente.

Le Monde Diplomatique, « Médias français, qui possède quoi? »

Le rôle des médias y joue une place centrale. Il ne faut cesser de rappeler qu’une poignée de 10 milliardaires (Xavier Niel, Bernard Arnault, …) détiennent 90% des médias (1) et que la concurrence entre les médias n’est pas plus synonyme de pluralisme que d’information de meilleure qualité (2). Impossible de ne pas insister sur l’influence majeure et terrifiante de Xavier Niel (au passage ancien proxénète, condamné pour diverses affaires glauques (3)) qui depuis 2010 finance son poulain Macron via la mise à disposition d’une conseillère en communication « Mimi Marchand », patronne mafieuse d’une presse aux ordres, qui permettra notamment la mise en scène en 29 Unes dans Paris Match d’une lovestory entre Emmanuel et Brigitte. Macron apparaît alors comme un vulgaire produit aux mains d’oligarques (le duopole Bernard Arnauld et Xavier Niel en est l’exemple le plus flagrant). Un pur produit construit, façonné, dans lequel les puissants ont eu confiance et ont pu investir.

Gabriel Attal en train de travailler

Le cynisme hante ce livre car il n’est plus question de politique, uniquement de pouvoir et de reproduction sociale. La légitimation se construit dans les médias quand l’engagement et la défense des idées restent totalement de côté. A travers l’exemple de Gabriel Attal, aujourd’hui ministre secrétaire d’Etat auprès du Ministre de l’Education Nationale et de la Jeunesse, Juan Branco nous montre comment cette nouvelle élite fraichement formée oscille au gré du vent de Ségolène Royal à Sarkozy, de Hollande à Macron. Une volatilité qui devient surtout la preuve de l’épuisement d’une fable politique cynique, jouant l’illusion de la démocratie…

Lien vers le PDF : http://branco.blog.lemonde.fr/files/2018/12/Macron-et-son-Crepuscule.pdf

Sources:

https://www.monde-diplomatique.fr/cartes/PPA

http://www.seuil.com/ouvrage/sauver-les-medias-julia-cage/9782021219555

https://www.liberation.fr/societe/2006/09/14/le-x-versant-obscur-du-patron-de-free_51272

https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/10/20/mimi-marchand-le-loup-dans-la-bergerie-macron_5372175_3232.html

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