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Les intersexes, victimes du genre [2/2]

Posté par Loupche 20 janvier 2019 0 commentaire

Le genre, tu peux le définir comme des lunettes que tu mets sur ton nez pour diviser la société en deux groupes opposés et hiérarchisés : les hommes et les femmes. Avec ces lunettes, il n’existe que ces deux groupes et rien d’autre. A la naissance, on te met ces lunettes de force, elles sont invisibles mais elles pèsent lourd sur la tête, la tienne ou celle des autres. Et les enlever, ce n’est pas une partie de plaisir. 

Dans cet article en deux parties, je veux te parler de personnes que nos lunettes ne veulent pas voir, les intersexes, et montrer pourquoi leur situation prouve une fois de plus que les sexes sont sociaux avant d’être biologiques. 

Dans la première partie de l’article, que tu peux lire en cliquant ici, je t’expliquais ce qu’était l’intersexuation et combien de personnes sont intersexes dans le monde. Je te parlais également du manque de reconnaissance et de l’horreur de la chirurgie d’assignation. Pour comprendre d’où viennent les réflexions qui auront lieu dans cette deuxième partie, je t’encourage vivement à aller lire la première partie

La violence de la binarité du genre

Le genre est un système qui divise la société en deux groupes, les hommes et les femmes. Ces deux groupes sont opposés et hiérarchisés, l’homme étant dominant et la femme dominée. En gros. Les personnes intersexes, par leur simple enveloppe corporelle, dérangent cette norme binaire, puisqu’il n’y aurait que deux sexes. 

Mais comment déterminer le « vrai sexe » ? 

« Lors d’une procédure chirurgicale concernant un enfant au « sexe » indéterminé, les critères pris en compte par le médecin peuvent s’affranchir de la génétique et déplacer le regard vers d’autres marqueurs plus directement orientés vers la conformation à des rôles de genre tels que la capacité de porter des enfants ou la taille des organes génitaux […], la capacité à uriner debout ou assis, les normes de sociabilité masculine (la taille du pénis), la capacité de pénétrer ou d’être pénétré, etc. ».

Introduction aux études sur le genre

Aujourd’hui, ce que l’on désigne comme « sexe » semble être un ensemble de données plutôt qu’un seul élément isolé qui détermine si l’on est mâle ou femelle. En effet si, au XIXe siècle, le sexe était déterminé par les gonades (testicules et/ou ovaires) uniquement, on y rajoute aujourd’hui les parties génitales externes (pénis, vagin), les hormones (testostérone, oestrogène), l’ADN (chromosomes), mais aussi des caractéristiques physiques secondaires comme la pilosité, la poitrine, la rondeur des hanches, et j’en passe ! 

Donc, même si ces toutes ces données sont objectives et d’ordre biologique, la façon dont elles sont reliées entre elles et unifiées est un travail purement social. 

Et que personne ne vienne me parler de cerveaux différents selon les sexes, parce qu’il n’y a aucune possibilité de prouver qu’une différence de formation cérébrale est purement biologique et non sociale. C’est un cauchemar méthodologique pour les scientifiques de la Manif pour Tous hihi. 

Pourquoi on s’acharne à diviser le monde en deux ? 

Parce qu’il ne faudrait pas déstabiliser l’ordre social, ni les idées reçues sur la sexualité et l’identité. La vérité, c’est que ces deux catégories sont poreuses, n’ont pas de limites fixes, alors arrêtons d’être timides. 

Pourtant, dans la langue courante, on définit les individus comme des sexes. Je m’explique : quand on parle de quelqu’un, une des premières caractéristiques va être que cette personne est un homme ou une femme. Ainsi, les individus et les caractères qui définissent un sexe ne sont pas séparés — contrairement à la définition de certaines espèces d’insectes où les producteurs d’ovules ont des pénis et les producteurs de sperme ont des vagins, donc on ne peut plus utiliser les catégories « mâle » et « femelle ». Ce sont donc des concepts en trompe-l’oeil créés par l’ordre social qui appelle à nous donner comme finalité la procréation et a donc besoin de ces catégories pour faire croire que procréer relèverait d’un impératif inscrit dans nos caractéristiques biologiques. 

Pour résumer, les hommes et les femmes ne sont pas des groupes préconstitués biologiquement mais des groupes institués hors desquels rien ne peut exister socialement. Pourtant, les personnes intersexes sont bien la preuve que les parties génitales ont peu de rapport avec le sexe et l’identité sociale. Transformer un fait physique dépourvu de sens en une catégorie fixe et imperméable est une violence quotidienne que les personnes intersexes et, au delà de cette communauté, tous les individus, ont à subir. 

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