
On pourrait croire qu’à ce stade, Paul McCartney n’a plus rien à prouver. Vingtième album solo, soixante ans de carrière, le statut de monument vivant déjà coulé dans le bronze. Et pourtant, The Boys of Dungeon Lane, sorti fin mai, est tout sauf un disque de notable qui ronronne.
Le titre vient d’un vers griffonné sur une vieille démo de 1991, resté au fond d’un tiroir. McCartney est allé le rechercher pour bâtir tout un album autour de son enfance à Liverpool, du côté de Speke, ce quartier ouvrier où il a grandi avant que le monde n’apprenne son nom. Quatorze chansons, quarante-sept minutes, et un fil qui revient sans cesse : les copains d’avant, les rues d’avant, le temps qui file.
Le risque, sur ce terrain, c’est la carte postale sépia. McCartney l’évite parce qu’il a trouvé le bon complice. À la production, on retrouve Andrew Watt, le faiseur de hits qui a déjà rajeuni les Rolling Stones et Ozzy Osbourne. Le bonhomme connaît son affaire : il garde la voix telle qu’elle est aujourd’hui, fatiguée, fêlée par endroits, et ça change tout. Là où l’âge aurait pu être un handicap, il devient le sujet. Quand McCartney chante ses fantômes avec un filet de voix, on le croit.
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Le premier single, Days We Left Behind, donne le ton, mélancolique sans être plombant. Mais le moment qui serre la gorge, c’est Home to Us, en duo avec Ringo Starr. Les deux derniers Beatles encore là, qui se renvoient la balle comme s’il ne s’était rien passé. On a beau s’y attendre, ça fait quelque chose.
La presse ne s’y est pas trompée. Variety parle carrément du meilleur album jamais enregistré par une star du rock passé les 80 ans, Rolling Stone évoque un chef-d’œuvre de fin de parcours, et la moyenne des critiques flirte avec les sommets. On pense à Ram, on pense à Flaming Pie, ces disques où McCartney lâche prise et redevient simplement un type qui aime écrire des chansons.
Faut-il pour autant être fan absolu des Beatles pour y entrer ? Non. C’est un album d’une douceur très accessible, qui parle à quiconque a déjà éprouvé la nostalgie d’un endroit qui n’existe plus. À écouter un soir, sans rien faire d’autre. Parfois, c’est exactement ce qu’on demande à un disque.
Crédit photo : Paul McCartney





