
Onze romans. Onze maisons d’édition. Une seule signature. Entre le 24 et le 28 août, un auteur qui n’existe pas tout à fait, un certain Infernus Iohannes, arrive en même temps chez Actes Sud, Minuit, Le Seuil, Robert Laffont, Rivages, Verdier, La Volte, L’Olivier et trois autres éditeurs. Derrière ce nom se cache Antoine Volodine, l’un des écrivains français les plus étranges et les plus attachants de ces quarante dernières années, Prix Médicis 2014 pour Terminus radieux.
Pour comprendre le geste, il faut remonter au milieu des années 1980. Volodine y a bâti un continent littéraire à lui, le post-exotisme, peuplé de révolutions ratées, de camps, de prisonniers qui racontent des histoires pour tenir jusqu’au matin. Et surtout, il n’a jamais écrit seul. Manuela Draeger, Lutz Bassmann, Elli Kronauer: ce ne sont pas des pseudonymes mais des hétéronymes, des auteurs fictifs avec leur propre voix et leur propre biographie. Infernus Iohannes est le dernier de la bande.
Ce que ces onze livres referment, c’est tout l’édifice. Quarante ans, quarante-neuf volumes au total, une somme que l’auteur décrit comme des centaines de brochures mêlant récits de rêve, photographies et narrations hallucinées. Le tout dernier tome, Retour au goudron, se termine sur deux mots que Volodine annonce depuis des décennies: « Je me tais. » Voilà. Après ça, plus rien.
Envie de découvrir Volodine avant le grand silence ? Commencez par son roman le plus célébré.
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Le pari est vertigineux pour les libraires, et un peu casse-tête aussi: comment ranger onze romans qui forment un seul et même geste, sortis la même semaine chez des concurrents ? Détail savoureux, Gallimard, qui a longtemps accompagné Volodine, n’est pas de la fête.
Faut-il tout lire ? Non, et c’est justement là toute l’élégance du projet. Chaque volume tient debout seul, vous pouvez entrer par la porte que vous voulez. Bardo solo, Chagrins, Malaise chez les plongeuses, Les Meilleurs d’entre nous… les titres à eux seuls donnent le ton, quelque part entre mélancolie slave et humour de fin du monde.
On peut trouver le geste un brin prétentieux. On peut aussi y voir la plus belle sortie de scène imaginable pour un écrivain: décider soi-même du dernier mot, l’orchestrer sur onze fronts, puis se taire pour de bon. Moi, je trouve ça franchement classe. Rares sont les auteurs qui savent partir à l’heure.
Crédit photo : La Volte





