
Il y a vingt-cinq ans, Philippe Besson publiait « En l’absence des hommes » et devenait, presque du jour au lendemain, l’un des romanciers français les plus lus. Avec « La première phrase du premier livre », paru le 3 septembre chez Julliard, il fait le chemin inverse. Il ne raconte pas l’écrivain, il raconte celui qui ne l’était pas encore.
Le livre remonte des années 1970 aux années 1990, du petit village charentais de Lamérac jusqu’au Paris de ses trente ans. Une enfance protégée, une prépa HEC à Bordeaux, une école de commerce à Rouen, et surtout tout ce qui se dépose en silence avant qu’on ose s’asseoir pour écrire. Besson appelle ça une autobiographie collective, et le mot n’est pas volé : son parcours croise sans arrêt les repères d’une époque, du sida qui emporte des amis à la fin des années 80 jusqu’aux tâtonnements d’une jeunesse qui se cherche.
Ce qui accroche, c’est cette nostalgie douce-amère qu’il manie sans forcer. La mort accidentelle d’un cousin à dix-huit ans, l’hostilité des camarades face à son homosexualité, la familiarité précoce avec les livres qui, mine de rien, prépare tout le reste. Besson sait faire ça mieux que personne, ce mélange de pudeur et d’aveu qui vous prend par le col sans jamais hausser le ton.
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Alors est-ce que tout tient sur 240 pages ? Pas complètement, et c’est le reproche qu’on lira ici ou là. L’écriture, justement, celle qui donne son titre au bouquin, n’arrive que très tard, presque en dernière page, comme une promesse tenue au dernier moment. Certains trouveront qu’il en fait un peu trop dans le sentiment, que les recettes qui marchent chez lui finissent par se voir. Ce n’est pas faux.
Mais bon, on ne lit pas Besson pour être surpris par la forme. On le lit pour cette voix douce et directe qui transforme un souvenir banal en quelque chose qui vous concerne. Et de ce côté-là, le contrat est rempli.
Si vous avez aimé « Un certain Paul Darrigrand » ou « Arrête avec tes mensonges », vous êtes en terrain connu, et c’est un compliment. Pour les autres, c’est une jolie porte d’entrée dans une œuvre entière, à condition d’aimer qu’on vous parle du cœur sans détour.
Crédit photo : Julliard





