
Six ans. C’est le temps qu’il aura fallu attendre depuis Myopia pour retrouver la Danoise. Son cinquième album, The Meaning of Flowers, est sorti le 18 septembre, et pas chez n’importe qui : Deutsche Grammophon, le vieux label jaune du classique, ce qui en dit déjà long sur là où elle situe sa musique aujourd’hui.
Douze titres. Tout est fait maison, au sens strict. Agnes Obel a écrit, enregistré, arrangé et produit le disque seule dans son studio berlinois. Elle tient les claviers, le piano, les synthés, les samples et sa propre voix, parfois trafiquée, descendue d’un ton ou deux jusqu’à ne plus trop savoir qui chante. Autour, des invités posent un violon, un alto, un violoncelle, une flûte, un saxophone, du lap steel. Rien qui déborde.
Le titre n’est pas décoratif. Elle est partie du langage des fleurs, cette vieille grammaire où chaque bouquet dit quelque chose, pour parler de naissance et de métamorphose. En arrière-plan, il y a la philosophe Hannah Arendt et son idée de natalité, cette capacité qu’on a de recommencer quelque chose de neuf, et il y a surtout sa grossesse. L’album est dédié à sa fille. « Je voulais voir si je pouvais m’approcher de la sensation d’un nouveau départ », dit-elle du morceau-titre.
L’album dont on parle, à glisser dans la platine un dimanche gris :
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Sur le papier ça pourrait virer au traité de botanique un peu pontifiant. Sauf que non. Obel garde ce qu’on lui connaît depuis Philharmonics : une économie de moyens qui fait tout le prix du truc. « Beyond the Sun » se contente d’une voix et d’un piano et n’a besoin de rien d’autre. « Tangerine » s’autorise un saxophone et une flûte qui bouillonnent sous les doigts. « Blood so Red » joue sur les décalages de rythme. On reste dans son territoire, feutré, minimal, un peu mélancolique, mais la mélancolie a changé de couleur. Elle regarde vers l’avant.
Ne cherchez pas le tube qui passe en radio, il n’y en a pas, et c’est très bien comme ça. C’est un disque qui se mérite, à écouter au casque un dimanche gris, en laissant les morceaux se déplier sans les brusquer. La critique anglo-saxonne est déjà tombée, dithyrambique, et pour une fois on n’a pas envie de jouer les rabat-joie.
Si vous aviez rangé Agnes Obel au rayon des jolies mélodies d’ambiance, ce disque-là vous fera changer d’avis.
Crédit photo : Deutsche Grammophon / Universal Music





