
À bientôt 84 ans, Paul McCartney publie encore des disques. Et pas des disques de vétéran fatigué : The Boys of Dungeon Lane, son vingtième album solo, sorti fin mai chez Capitol, est sans doute ce qu’il a fait de mieux depuis vingt ans.
Le titre intrigue. Dungeon Lane, c’est une petite rue de Speke, le quartier de Liverpool où McCartney a grandi. Tout l’album tourne autour de cette époque : l’enfance dans l’Angleterre d’après-guerre, des parents qui tiennent la maison malgré les fins de mois compliquées, les virées à vélo avec un certain George Harrison, les premières guitares grattées avec John Lennon. Bien avant que la planète entière apprenne leurs noms.
On pouvait craindre le disque nostalgique un peu mou. C’est tout l’inverse. McCartney a coproduit l’ensemble avec Andrew Watt, l’homme qui avait déjà réveillé les Rolling Stones sur Hackney Diamonds, et le résultat fourmille d’idées : changements de tonalité, cuivres, arrangements confiés à Giles Martin, le fils de George Martin. La boucle est bouclée.
Quatorze chansons, des invités choisis : Chrissie Hynde, Sharleen Spiteri du groupe Texas, et surtout Ringo Starr sur Home to Us, leur premier véritable duo. Deux Beatles qui chantent ensemble en 2026, ça fait quelque chose, même quand on n’est pas un fan acharné.
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Dans le détail, As You Lie There ouvre l’album entre guitare folk et décharges électriques. Lost Horizon recrée les bruits du Liverpool de son enfance, presque un documentaire sonore. Et Salesman Saint s’offre le luxe d’empiler deux signatures rythmiques avec orchestre, le genre de fantaisie qu’on ne tente plus passé un certain âge. Lui si.
La presse anglo-saxonne est quasi unanime. Variety parle du meilleur album jamais enregistré par un rocker octogénaire, rien que ça. Le public a suivi : numéro un direct au Royaume-Uni, le vingt-quatrième de sa carrière là-bas.
Des réserves ? Une seule, et encore. L’ensemble évite soigneusement la noirceur, là où un Bob Dylan ou un Johnny Cash en fin de parcours regardaient la mort en face. McCartney préfère la lumière, comme toujours. À vous de voir si c’est une limite ou une signature.
Si vous avez grandi avec les Beatles, foncez. Si vous pensez que McCartney n’a rien sorti de bon depuis Band on the Run, cet album risque bien de vous faire mentir. Et c’est plutôt une bonne nouvelle.





