Culture

Disclosure Day : le Spielberg qui préfère le doute à l’émerveillement

posted by Vincent 10 juin 2026
Affiche officielle du film Disclosure Day de Steven Spielberg

Steven Spielberg est de retour dans les salles françaises depuis ce mercredi, et rien que ça, c’est déjà un évènement. Disclosure Day, son nouveau film, est passé par une avant-première au Grand Rex avant d’arriver partout, et il s’attaque à un sujet qui le suit depuis Rencontres du troisième type : et si l’État américain savait, depuis des décennies, que nous ne sommes pas seuls ?

Le pitch tient en une course contre la montre. Un expert en cybersécurité met la main sur l’intégralité des archives gouvernementales d’observations extraterrestres, depuis Roswell jusqu’à aujourd’hui. Il devient une cible, et avec l’aide d’une météorologue jouée par Emily Blunt, il tente de tout révéler avant qu’on le réduise au silence. D’où ce titre : le jour de la divulgation.

Disons-le tout de suite, c’est un thriller redoutablement bien mené. Spielberg n’a rien perdu de sa science du suspense, et la première heure est un jeu du chat et de la souris haletant, filmé avec une fluidité dont peu de cinéastes sont encore capables à 79 ans. Colin Firth campe un patron de société glaçant, Josh O’Connor compose un lanceur d’alerte fébrile et attachant, et Emily Blunt est tout simplement remarquable, dans un rôle exigeant qui passe par plusieurs langues et toute une palette d’émotions.

Là où ça coince, c’est ailleurs. On attend Spielberg sur le frisson, sur cette capacité unique à filmer l’inconnu comme une promesse de merveille. Et justement, Disclosure Day choisit la paranoïa plutôt que l’enchantement. Le film croit dur comme fer à son sujet, expose ses théories avec un sérieux de docudrame, et finit par tenir à distance ce vertige qui faisait toute la magie de ses récits d’enfance.

C’est un parti pris assumé, presque adulte, mais qui laisse une légère frustration. On admire l’orfèvre, on n’est pas toujours bouleversé. Avec ses 145 minutes, le film aurait gagné à respirer un peu, à s’autoriser le silence et la contemplation, ces temps morts où l’imaginaire fait le reste. Les premiers retours, dithyrambiques outre-Atlantique, parlent du meilleur Spielberg depuis vingt ans. La vérité me semble plus mesurée : un très bon film, pas tout à fait un grand.

Faut-il y aller ? Oui, sans hésiter. Pour la maestria, pour Blunt, pour le plaisir de voir un grand cinéaste s’emparer encore d’une obsession contemporaine. Mais entrez dans la salle en cherchant un thriller intelligent et tendu, pas la transe émerveillée d’un soir d’été 1977. À ce compte-là, vous ne serez pas déçus.

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