
Depuis le 7 juillet, la Cité des sciences et de l’industrie propose quelque chose qui ne ressemble pas vraiment à une exposition. Pas de vitrines, pas de cartels à déchiffrer debout. Une ville.
Un décor de ville, plus exactement, installé au niveau 2 : une supérette, une mairie, un kiosque à journaux, un espace santé, un food truck. On vous équipe d’un bracelet connecté et vous circulez librement d’un lieu à l’autre en réagissant à des situations parfaitement banales. Une promotion trop belle pour être vraie, une rumeur de quartier, un remède miracle, un titre qui vous fait bondir. Le bracelet enregistre tout et vous rend votre portrait à la sortie.
C’est là que « Esprit critique » devient intéressante, parce que son sujet réel n’est pas la crédulité des autres. C’est la vôtre. Le parcours s’organise autour de cinq compétences plutôt bien choisies : ajuster sa confiance, savoir s’appuyer sur le collectif, traiter correctement une information, résister à ses propres biais, et la plus difficile de toutes, suspendre son jugement. Cette dernière case, honnêtement, personne ne la coche.
L’expo n’est pas née à Paris. Elle a été co-conçue et coproduite par le Palais de la découverte, Cap Sciences à Bordeaux et le Quai des savoirs à Toulouse, elle a tourné à Bordeaux en 2021, à Toulouse en 2022, puis en Belgique, à Liège, avant de s’installer à la Villette pour un an, jusqu’à fin août 2027. Deux partenaires accompagnent le projet et résument assez bien l’ambiance : l’AFP et Le Gorafi. Le vrai et le faux à la même table.
Si le parcours vous donne envie de creuser vos propres biais, le livre de reference reste celui de Daniel Kahneman :
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Comptez 15 euros, 12 en tarif réduit, avec un âge conseillé à partir de dix ans. Cet âge minimum est honnête, mais ne vous y trompez pas : ce n’est pas une expo pour enfants que les parents accompagnent en soupirant. Les dispositifs fonctionnent au moins aussi bien sur un adulte de quarante-cinq ans persuadé de savoir repérer une intox. C’est même là qu’ils sont les plus cruels.
Deux réserves quand même. Le bracelet produit forcément un effet d’observation, on se sait évalué, du coup on triche un peu avec soi-même. Et le format ludique a ses limites : on ressort en ayant compris comment on se fait avoir, ce qui n’est pas la même chose que d’en garder des réflexes durables.
Sauf que voilà, à ce tarif, c’est probablement la sortie la plus utile de l’été parisien. Emmenez quelqu’un avec qui vous n’êtes jamais d’accord. Le retour en métro sera passionnant.
Crédit photo : Universcience / Quai des savoirs





