
Depuis vingt ans, l’ours divise l’Ariège comme peu de sujets. On est pour, on est contre, on brandit la biodiversité d’un côté et les brebis égorgées de l’autre, et personne ne s’écoute vraiment. C’est exactement ce terrain miné qu’un cinéaste venu du Sussex a choisi de filmer, sans jamais prendre parti. Le Berger et les ours est sorti ce 15 juillet, et c’est franchement une belle surprise.
Max Keegan, réalisateur anglo-irlandais, ne parlait pas un mot de français quand il a découvert ces montagnes en 2019. Il a fini par s’installer sur place, apprendre la langue, et passer des mois à suivre trois habitants. Il y a Yves Raspaud, berger qui approche de la retraite et regarde son métier se transformer. Il y a Lisa Laguerre, plus jeune, qui apprend ce boulot devenu chaque année plus dur. Et il y a Cyril Balthasar, un ado fasciné par la faune, pour qui l’ours vire carrément à l’obsession.
Le film ne tranche pas, et c’est tout son intérêt. On voit des bergers épuisés, coincés entre la police de l’environnement et la réalité du terrain. On voit aussi des gens qui décident de la vie en montagne sans jamais y avoir vraiment mis les pieds. Keegan ne commente rien, personne ne s’adresse à la caméra, et on reste avec les visages, les silences, les nuits d’orage passées à guetter une silhouette entre les arbres.
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Visuellement, c’est splendide. Les massifs, la lumière, l’attente, le documentaire prend le temps qu’il faut, et pendant 1h41 on oublie qu’on regarde un débat de société pour se retrouver simplement là-haut, avec eux. La photographie porte le film autant que ses personnages.
Un bémol quand même. À un moment, un véhicule administratif débarque dans le cadre un peu trop pile au bon endroit, et l’illusion se fissure. On se demande soudain ce qui relève du réel et ce qui a été légèrement arrangé. Rien de grave, mais ça vous sort du rêve.
Il en ressort un documentaire juste, qui montre plutôt qu’il ne juge, et qui redonne de l’épaisseur à un sujet qu’on a l’habitude de résumer à un affrontement pour ou contre. Si vous aimez les films qui vous laissent penser par vous-même, celui-là est pour vous. Et si le débat sur l’ours vous agace d’avance, c’est peut-être justement la meilleure raison d’aller le voir.
Crédit photo : Jour2Fête





