
Il fallait un certain culot pour s’attaquer à de Gaulle au cinéma sans tomber dans la statue de bronze. Sorti le 3 juin, La Bataille de Gaulle – L’âge de fer relève le défi, et plutôt bien.
Le film est le premier volet d’un diptyque signé Antonin Baudry, à qui l’on devait déjà Le Chant du loup et, sous le pseudonyme d’Abel Lanzac, le savoureux Quai d’Orsay. La seconde partie, J’écris ton nom, sortira un mois plus tard.
On est en juin 1940. La France s’effondre, l’armistice se prépare, et un général encore inconnu refuse l’évidence de la défaite. C’est ce moment de bascule que le film raconte : la fuite vers Londres, l’appel, la solitude d’un homme qui décide, presque seul, de continuer le combat.
Le pari tient surtout à son interprète. Simon Abkarian incarne de Gaulle sans chercher à l’imiter, en visant l’homme derrière le monument, ses doutes autant que son obstination. Face à lui, Simon Russell Beale campe un Churchill tout en nuances, et l’ensemble s’appuie sur un casting solide où l’on croise Benoît Magimel et Mathieu Kassovitz.
Côté rigueur historique, Baudry s’est entouré de l’historien britannique Julian Jackson, dont la biographie de référence a nourri le scénario. On sent ce souci d’exactitude, sans que le film vire pour autant à la leçon d’histoire poussiéreuse.
Présenté hors compétition à Cannes en mai, L’âge de fer en est ressorti avec des premiers retours très favorables. Le tournage, lui, n’a pas été un long fleuve tranquille : dépassements de budget et départs dans l’équipe ont décalé la production de plusieurs mois. À l’écran, on ne le devine pas.
Reste une question, et elle compte : peut-on tenir près de deux heures sur un homme qui, à ce moment de l’Histoire, ne dirige encore rien ni personne ? La réussite du film est précisément là. En misant sur l’intime plutôt que sur la grande fresque, il transforme une figure de manuel scolaire en personnage de cinéma.
Si vous redoutez le film de commémoration figé, vous pouvez y aller sans crainte : celui-ci respire. Et il a le bon goût de sortir en juin, le mois même où, il y a plus de quatre-vingts ans, un certain général lançait son appel. À voir, en attendant la suite.
Le film d’Antonin Baudry est tiré de cette biographie monumentale de Julian Jackson, couronnée par le prix Duff Cooper. De quoi prolonger la séance.
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