
Il y a des acteurs qu’on adore sans jamais leur confier le premier rôle. Adam Scott appartenait à cette catégorie. Le type sympathique qu’on case en numéro deux, celui qui balance la vanne au bon moment et repart dans l’ombre du héros. Un perdant magnifique, en somme.
On l’a vu pendant des années jouer les pince-sans-rire un peu paumés. Le frère insupportablement coincé de Will Ferrell dans Présentateur vedette, le patron désabusé d’une boîte de catering dans Party Down, le comptable trop sérieux qui finit par épouser Leslie Knope dans Parks and Recreation. À chaque fois le même registre : l’homme correct, légèrement à côté de la plaque, qui transforme sa gêne en comédie.
C’est un art que peu maîtrisent. Faire rire en étant le moins drôle de la pièce, en jouant le pôle de sérieux autour duquel les autres s’agitent. Adam Scott en avait fait sa spécialité, et tout le monde pensait l’avoir rangé là, définitivement, dans la case de l’excellent comédien de complément.
Et puis il y a eu Severance.
Dans la série d’Apple, Scott joue Mark, un employé qui a accepté de scinder chirurgicalement sa conscience entre sa vie au bureau et sa vie privée. Deux versions de lui qui ne se connaissent pas, qui ne partagent aucun souvenir, et qui finissent par s’affronter pour le contrôle d’un même corps. Sur le papier, c’est un casse-tête d’acteur. Jouer deux hommes identiques qui ne se ressemblent en rien.
Pour (re)voir Adam Scott se dédoubler à l’écran, la première saison de Severance existe en Blu-ray.
Severance, saison 1 (Blu-ray) → voir sur Amazon
Lien affilié Amazon. En tant que Partenaire Amazon, je réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.
La saison 2 a poussé l’exercice à l’extrême, au point que Scott l’a décrit comme l’une des expériences les plus épuisantes de sa carrière. On le comprend. Le final de la saison, où ses deux Mark se font face dans une confrontation glaçante, est sans doute le meilleur moment qu’il ait jamais offert. Lui qui passait son temps à désamorcer l’émotion par l’ironie plonge cette fois en plein dedans. Pas de blague pour se protéger. Juste un homme déchiré entre deux versions de lui-même.
Ce qui me fascine, c’est la continuité. Severance n’efface pas le comédien comique, elle s’en nourrit. Tout ce que Scott avait appris à jouer dans les sitcoms, le malaise contenu, la politesse qui cache le désespoir, le sourire qui ne va pas jusqu’aux yeux, il le recycle en angoisse pure. Le sérieux qui faisait rire devient le sérieux qui terrifie.
Hollywood adore ces bascules tardives. L’acteur comique qu’on redécouvre soudain capable de drame, comme si la comédie n’avait été qu’une salle d’attente. Sauf que ce n’est pas une reconversion. C’est la même grammaire, déplacée d’un cran. Le perdant magnifique n’a pas changé de nature, il a juste arrêté de nous faire rire pour commencer à nous serrer la gorge.
À cinquante ans passés, Adam Scott tient enfin son grand rôle. Pas malgré toutes ces années de seconds couteaux. Grâce à elles.
Crédit photo : DR





