Culture

Une réalisatrice grecque réécrit le mythe de Méduse dans une raffinerie, et le résultat brille plus qu’il ne mord

posted by Vincent 28 juillet 2026
Affiche du film Gorgonà d'Evi Kalogiropoulou : deux femmes en rouge sur fond bleu, l'une braquant un pistolet, sous le titre orné d'un motif de Méduse

Il y a des films qu’on a envie d’aimer avant même de s’asseoir. Gorgonà, premier long métrage d’Evi Kalogiropoulou, sorti en salles le 22 juillet, fait clairement partie de ceux-là. Sur le papier, tout donne envie.

Le décor : une cité-État coincée autour d’une immense raffinerie de pétrole. Des hommes armés y tiennent le pouvoir, les femmes y sont devenues une monnaie d’échange. Nikos, le chef, tombe malade et glisse le nom de sa protégée Maria parmi les prétendants au trône. Puis débarque une chanteuse, Eleni, et tout se dérègle. On tient là une relecture franchement culottée de la Gorgone, cette figure antique changée en monstre pour avoir osé exister.

Le film vient de Venise, présenté l’an dernier à la Semaine de la Critique, cette vitrine des premiers films qui déniche souvent les futurs grands noms. Coproduction franco-grecque, 1h35, distribuée par UFO. Un vrai objet de cinéma, donc, pas un exercice de fin d’études bricolé.

Et visuellement, ça tient la route. Kalogiropoulou vient des arts plastiques, ça se voit. Les costumes jouent sur des tissus irisés, des fleurs artificielles, tout un imaginaire de faux paradis pétrolier où le plastique remplace la nature. Certains plans sont splendides, saturés de reflets gras et de couleurs malades. On sent une vraie tête derrière la caméra.

La Gorgone Méduse, Sylvain Détoc

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Sauf que voilà. Passé la beauté des images, le récit patine. Le rythme part dans tous les sens, le monde qu’on nous vend reste flou, et les personnages n’existent jamais vraiment au-delà de leur fonction. Maria, Eleni, on devine ce qu’elles représentent, on ne les rencontre jamais. Le propos féministe, censé être le cœur du projet, tourne parfois à la pancarte agitée un peu fort. Et la fin bascule dans un fantastique surgi de nulle part, comme si le film n’avait pas trouvé sa vraie sortie.

C’est tout le paradoxe de ces objets très arty. On admire la fabrication, on reste sur le seuil de l’émotion. La romance entre les deux femmes, qui aurait dû nous brûler, se contente d’affleurer.

Alors, on y va ou pas ? Si vous savourez le cinéma grec bizarre, celui de Lanthimos et de ses héritiers, Gorgonà vaut le détour rien que pour sa plastique. Si vous cherchez une histoire qui vous empoigne, méfiance. Un beau serpent, magnifique et un peu vide.

Crédit photo : AlloCiné

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