Culture

Le Triangle d’or enferme trois personnes dans un palais parisien, et on en ressort avec le souffle un peu court

posted by Vincent 1 août 2026
Affiche du film Le Triangle d'or d'Hélène Rosselet-Ruiz, avec Malou Khebizi, Soundos Mosbah et Ziad Bakri

Laura décroche un job qui a tout du bon plan : servir une femme installée dans un hôtel particulier du triangle d’or, à Paris, ces quelques rues où le mètre carré coûte le prix d’un pavillon en banlieue. Sauf que voilà, la femme en question, Souria, n’est pas vraiment libre. Un prince saoudien l’a logée là, entre deux visites, et attend qu’elle patiente. Le luxe est partout, la surveillance aussi.

C’est le point de départ du Triangle d’or, premier long-métrage d’Hélène Rosselet-Ruiz, sorti mercredi dernier chez Ad Vitam. Une heure vingt-sept, présenté en séance spéciale à Cannes cette année, et déjà une jolie moyenne : 3,5 sur 5 côté presse, 3,7 côté spectateurs. Pour un coup d’essai, ça pose son monde. Et il y a une raison à cette justesse : la réalisatrice a vécu ça pour de vrai. Un été, elle a fait le ménage chez une riche Saoudienne, avant de comprendre peu à peu qu’elle était la maîtresse d’un membre de la famille royale.

Le film avance comme un huis clos. On y suit trois captifs qui ne le sont pas de la même façon : Souria dans sa cage dorée, Laura la petite main qui découvre les règles, et Emre le majordome, joué par Ziad Bakri, qui connaît déjà toutes les portes fermées. Entre eux se noue une solidarité fragile, des bricoles de sororité qui passent surtout par la cuisine, le seul endroit où les masques tombent un peu. Malou Khebizi porte tout ça avec une justesse assez impressionnante, jamais dans le trop.

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Autre huis clos domestique qui vire au malaise, entre une employée et une maison qui n’est pas la sienne : le Goncourt de Leïla Slimani est le compagnon de lecture idéal après ce film.

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Ce qui frappe, c’est la photo, volontairement sous-exposée, qui transforme les ors du décor en pénombre poisseuse. On étouffe avec eux. Et derrière l’histoire intime, il y a une vraie charge contre l’obscénité des ultra-riches, ceux qui achètent des gens comme on loue un service de ménage.

Tout n’est pas parfait, hélas. Le dernier quart d’heure traîne un peu la patte, la musique en fait parfois des tonnes pour souligner ce qu’on avait déjà compris, et la toute dernière image manque de la gifle qu’on espérait. Rien de rédhibitoire non plus.

Reste un premier film maîtrisé, adulte, qui vous colle un vrai malaise sans jamais le surligner. Si vous aimez le cinéma qui prend son temps et regarde ses personnages bien en face, allez-y. Hélène Rosselet-Ruiz est clairement un nom à noter quelque part, on la reverra.

Crédit photo : Ad Vitam

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